‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 237 sur 259 · Horace, Épitre, I, 7, vers · texte numérisé non relu

Horace, Épitre, I, 7, vers

De citadin le voilà qui devient pat/sa II.

2. L'ahbé Trublet, né en 1G97, mort en 1770, ancien ami de La Motte et (le Fontenelle, avait écrit sur eux des Mémoires; il collaboborait à diverses feuilles littéraires, notamment à celle de Frcron; enfin, dans ses Essais de littérature et de morale (1756), il avait éciit que la Henriade le faisait bâiller. A ((uoi Voltaire avait riposté ]iar cette épigramme :

C Vous m'avez endormi, disait l'abbé ) [Trublet.

/ Je réveillai mon homme à grands

[coups de sifflet.

Puis, tout récemment, il venait di le draper cruellement dans le Pauvre Diable :

Au peu d'esprit iquc le bonhomme avail

L'esprit d'autiui par supplément servait.

Il entassait adage sur adage;

Il compilait, compilait, compilait;

On le voyait sans cesse écrire, écrire

Ce qu'il avait jadis entendu dire.

Et nous lassait sans jamais se lasser.

Trublet venait d'entrer à l'.Acadéniie le 13 avril, cl, sous prétexte d'envoyer à Voltaire son discours de récejilion. lui avait écrit, sur le conseil de l'abbé. d'Olivet, une lettre aimable que Voltaire accueillit de son côté comme il conveuail.

Je suis fort content, monsieur, de votre harangue, et très reconnaissant de la bonté que vous avez de me l'envoyer; à l'égard de votre lettre,

Sardi parvtis onyx eliciet cnditm^

(Hor., lib. IV. od. xii. v. 17.)

Pardon devons citer Horace, que vos héros MM. de Fontenelle et de La Motte ne citaient guère *. Je suis obligé, en conscience, de vous dire que je ne suis pas né plus malin que vous, et que, dans le fond, je suis bon homme. 11 est vrai qu'ayant fait réflexion, depuis quelques années, qu'on ne gagnait rien à l'être, je me suis mis à être un peu gai, parce qu'on m'a dit que cela est bon pour la santé. D'ailleurs je ne me suis pas cru assez important, assez considérable, pour dédaigner toujours certains illustres ennemis ^ qui m'ont attaque personnellement pendant une quarantaine d'années, et, qui, les uns après les autres, ont essayé de m'accabler, connue si je leur avais disputé mi évèché ou une place de fermier général. C'est donc par pure modestie que je leur ai donné enfin sur les doigts. Je me suis cru précisément à leur niveau; et in arenam ctim œqiiaUbus descendi *, comme dit Cicéron.

Croyez, monsieur, que je fais une grande ditTérence entre vous et eux; mais je me souviens que mes rivaux et moi, quand j'étais à Paris, nous étions tous fort peu de chose, de pauvres écoliers du siècle de Louis XIY, les uns

i. Pour un petit vase de parfum je te donnerai une jarre de vin.

2. Ils prenaient hautement parti jx)ur les Modernes contre les Anciens, dont les défenseurs avaient sans cesse à la bouche le nom d'Horace.

5. .Notamment Le Franc de Pompignan et Fréron; Voltaire vient d'écrire ces élincelantes satires ; le Pauvre diable, la Vanité, le ; Russe à Paris.

4. Et je suis entré dans la lice contre les hommes de mon temps.

CORRESPONDANCE

on vers, les autres en prose, quelques-uns moitié prose, moitié vers, du nombre desquels j'avais l'honneur d'être; infatigables auteurs de pièces médiocres, grands composi- j leurs de riens, pesant gravement des œufs de mouche dans i des balances de toile d'araignée. Je n'ai presque vu que de la petite charlatanerie : je sens parfaitement la valeur de ce néant : mais comme je sens également le néant de tout le reste, j'imite le Vejaniiis d'Horace :

Yrjaniun nrmix

Ilcrculis ad posfem fi.ris, Uilel nbdiins nqrn.

(Lili. I, cp. 1,'v. i-S.)'

C'est de cette retraite que je vous dis très sincèrement"^ que je trouve des choses utiles et agréables dans tout ce que vous avez fait, que je vous pardonne cordialement de m'avoir pincé, que je suis fâché de vous avoir donné quelques coups d'épingle, que votre procédé me désarme pour jamais, que bonhomie vaut mieux que raillerie, et que je suis, monsieur mon cher confrère, de tout mon cœur, \ avec une véritable estime et sans compliment, comme sj ]- (le rien n'était, votre, etc.-.

1. Vejdiiiiis. fiprè.t avoir appciidii SCS annca à la jxJi'te du temple d'Hercule, se tient caché dans sa maison des champs.

2. Ces derniers mois sont vraiiiionl exquis; ils inspirèrent l'abbé Trublot, qui répondit en ces termes : « Mille grâces, monsieur et très illustre confrère, de la réponse dont vous m'avez lionoré. Elle est aussi ingénieuse qu'obligeante, et, ce qui vaut mieux encore, elle est très gaie. C'est la preuve de votre lioune santé, la seule chose qui vous

reste à prouver. Puissicz-voiis la conserver longtemps, et avec elle tous les agréments et tout le feu de votre génie ! C est le vœu do voss ennemis mêmes ; et s'ils n'aiment pas votre jiersonne, ils aiment vos ouvrages; il n'y a point d'exception là-dessus; et iiiallieur à ceux qu'iL»

faudrait excepter! Pour moi, j'aime tout, les écrits et l'auteur, et je suis, avec autant ('.'attachement que d'estime, monsieur et très illustre confrère, votre très humble et très obéissant serviteur. »

Page 1