A M. FYOT DE LA MARCHE
A Ferncv. 25 mars (1762).
îl y a longtemps que je n'ai eu l'honneur d'écrire à celui qui sera toujours mon premier président. J'ai bien des choses à lui dire. Premièrement, son parlement m'afflige*. Le roi se soucie fort peu qu'on juge ou non les procès auxquels je m'intéresse; mais moi je m'en soucie'. Voilà une plaisante vengeance d'écolier de dire : Je ne ferai pas mon thème parce que je suis mécontent de mon régent. C'est pour cela au contraire qu'il faut bien faire son thème. J'apprends que vous faites tous vos efforts pour parvenir à une conciliation. Qui peut y réussir mieux que vous? Vous serez le bienfaiteur de votre compagnie, c'est un rôle que vous êtes accoutumé à jouer.
Je vous demande pardon de donner des fêtes* quand la province souffre, mais il est bon d'égayer les affligés, il y en a de plus d'une sorte : il vient de se passer au parlement de Toulouse une scène qui fait dresser les cheveux à la tète; on l'ignore peut-être à Paris; mais si on en est informé, je défie Paris, tout frivole, tout opéra-comique* qu'il est, de n'être pas pénétré d'horreur. Il n'est pas vrai-
1. Aiuicii tuinai'iule de Voltairo à Louis-le-Graïul, ancien ])reniier piésiileiit du Parleiiient ilc Bourfiogiie. Il était lils d'un président à mortier de la inènie cour, et venait de Iransnieltre sa cliarjjc ù son lils en 1758.
2. Le parlement de Dijon venait de susjieudre ses audiences, alin de contraindre le roi à lui faire justice des outrages qu'il avait essuyés d'un certain Vareinies.
5. Il en avait deux : l'un avec le/ président de Brosses, au sujet de Tourney ; l'autre contre jfi curé dc Moéns, son voisin, qui avait vengé ^ la morale en laissant pour mort un de ses paroissiens, et à qui Voltaire voulait, de ce fait, pirocurer « un emploi dans les galères ».
■4. Des représentations dramatiques.