‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 246 sur 259 · Sans doute le Traité sur lu l'dtcrnnce · texte numérisé non relu

Sans doute le Traité sur lu l'dtcrnnce

5. La marquise du Deiïant (IC97- 1780) est une des femmes les plus spirituelles du siècle; elle a laissé une vaste correspondance, intéressante à tous égards. Elle avait fait éclat par ses galanteries sous la Régence; vers 17iO elle inaugura un salon qui. d'abord inlinie, prit une extension considéralile ime dizaine d'années après cl devint iinedesréuuionsles plus brillantes de la bonne compagnie et des gens de lettres.

Mme du Dcffant, devenue aveugle, faisait de la conversation son unique plaisir, sa consolation contre les tristesses d'une àmo désabusée et syslêmali(|nement cliagniie.

CORRESPONDANCE

là Jeanne^ que je vous avais envoyée par la poste, sous le contreseing d'un des administrateurs*. Aucun livre ne peut entrer par la poste en France sans être saisi par des commis, qui se l'ont, depuis quelque temps, une assez jolie bibliothèque, et qui deviendront en tous sens des gens de \y lettres. On n'ose pas même envoyer des livres à l'adresse des ministres. Enfin, madame, comptez que la poste est infiniment curieuse; et, à moins que M. le président Ilénault ne se serve du nom de la reine ^ pour vous faire avoir une Pucelle, je ne vois pas comment vous pourrez parvenir il en avoir des pays étrangers.

Je m'amusais à faire des contes de ma mère Voie'', ne pouvant plus lire du tout. Je ne suis pas précisément ctimnie vous, madame; mais vous souvenez-vous des yeux de l'abbé de Chaulieu, les deux dernières années de sa vie? figiH'ez-vous un état mitoyen entre vous et lui ; c'est précisément ma situation.

Je pense avec vous, madame, que quand on veut être aveugle, il faut l'être à Paris; il est ridicule de l'être dans une campagne avec un des plus beaux aspects de l'Europe.

On a besoin absolument, dans cet état,' de la consolation

1. Le poème de l.i Pucslle : Ja jirenièrc édition avouée par l'aiiliu • était de 1762.

i. M. Jane). Voltaire lui adressai! les livres qu'il craignait de voir saisis; on voit que les commis ne s'intimidaient pas pour si peu.

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