‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 250 sur 259 · A MADAME LA MARQUISE DU DEFFANT · texte numérisé non relu

A MADAME LA MARQUISE DU DEFFANT

19 février i\%6).

11 y a un mois, madame, que j'ai envie de vous écrire fous les jours; mais je me suis plongé dans la métaphysique la plus trisle et la plus épineuse, et j'ai vu que je n'étais pas di,i;ne de vous écrire.

Vous me mandàles, par votre dernière lettre, que nous étions assez d'accord tous deux sur ce qui n'est pas*; je me suis mis à rechercher ce qui est. C'est une terrible besogne; mais la curiosité est la maladie de l'esprit humain. J'ai du moins la consolation de voir que tous 1rs fabricaleurs de systèmes n'en savaient pas plus que moi, mais ils font tous les importants, et je ne veux pas l'être : j'avoue franchement mon ignorance.

Je trouve d'ailleurs dans cejte recherche, quelque vaine qu'elle puisse être, un assez grand avantage. L'étude des choses qui sont si fort au-dessus de nous rend les intérêts de ce monde bien petits à nos yeux; et, quand on a le plaisir de se perdra dans l'immensité, ou ne se soucie guère de ce qui se passe dans les rues de Paris.

L'étude a cela de bon qu'elle nous fait vivre tout doucement avec nous-mêmes, qu'elle nous délivre du fardeau de notre oisiveté, et qu'elle nous empêche de courir hors de chez "nous pour aller dire et écouter des riens d'un bout de la ville à l'autre. Aussi, au milieu de quatre-vingts lieues de montagnes de neige, assiégé par un très rude hiver, et mes yeux me refusant le service, j'ai passé tout mon temps à méditer.

Ne méditez-vous pas aussi, madame? ne vous vient-il

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