‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 31 sur 259 · Genevoisde naissance, capilaiue · texte numérisé non relu

Genevoisde naissance, capilaiue

au service de la Russie, il contrilma beaucoup à consolider la puissance naissante de Pierre, dont il devint / le favori et le conseiller intime. </

deux années', et alla en Hollande, déguisé sous un nom vulgaire, comme s'il avait été un domestique de ce même Le Fort, qu'il envoyait ambassadeur extraordinaire auprès des États-Généraux. Arrivé à Amsterdam, inscrit dans le rùjx* des charpentiers de l'amirauté des Indes, il y travaillait dans le chantier comme les autres charpentiers. Dans les intervalles de son travail, il apprenait les parties des mathématiques qui peuvent être utiles à un prince, les fortitîcations, la navigation, l'art de lever des plans. 11 entrait dans les boutiques des ouvriers, examinait toutes les manulac- Uu'cs; rien n'échappait à ses observations. De là il passa t^i Angleterre, où il se perfectionna dans la science de la construction des vaisseaux; il re£assa en IlqUandg,, et vit tout ce qui pouvait tournera l'avantage de son pays. Enfin, après deux ans de voyages et de travaux, auxquels nul autre homme que lui n'eiit voulu se soumettre, il reparut en Russie, amenant avec lui les arts de l'Europe. Des artisans de toute espèce l'y suivirent en foule. On vit pour la pre- / mière fois de grands vaisseaux russes sur la mer Noire.v dans la Baltique, et dans l'Océan. Des bâtingeats d'une arrJiHectiire régulière et noble furent élevés au milieu des huttes moscovites. Il établit des collèges, des académies, u^ des imprimeries, des bibliothèques; les villes furent policées, les habillements, les coutumes changèrent peu à peu, quoique avec difficulté. Les Moscovites connurent par degrés ce que c'est que la société. Les superstitions même furent abolies; la dignité de patriarche fut éteiate; le czar se dé- \ Clara le cl)(^jle la.religionj^et cette dernière entreprise, qui aurait coûté le trône et la vie à un prince moins absolu, réussit presque sans contradiction, et lui assura le succès de toutes les autres nouveautés.

1. Véritable maître de l'Empire i mniit qvi'ù la mort de son frère Ivan dès 168â, il ne règne seul officielle- | (1696).

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Après avoir abaissé un clergé ignorant et barbare, il osa essayer de l'instruire, et parla même il risqua de le rendre redoutable; mais il se croyait assez puissant pour ne pas le craindre. Il a fait enseigner, dans le peu de cloîtres qui restent, la philosophie et la théologie. Il est vrai que cette théologie tient encore de ce temps sauvage dont Pierre Alexiowitz a retiré sa patrie. Un homme digne de foi m'a assuré qu'il avait assisté à une thèse pubhque, où il s'agissait de savoir si l'usage du tabac à fumer était un péché. Le répondant prétendait qu'il était permis de s'enivrer d'eau-de-vie, mais non de fumer, parce que la très sainte Écriture' dit que ce qui sort de la bouche de l'homme le souille, et que ce qui entre ne le souille point.

Les moines ne furent pas contents de la réforme. A peine le czar eut-il établi des imprimeries, (pi'ils s'en servirei t pour le décrier : ils imprimèrent qu'il était l'Antéchrist; leurs preuves étaient qu'il était la barbe aux vivants, et qu'on faisait, dans son académie, des dissections de quelques morts. Mais un autre moine, qui voulait faire fortune, réfuta ce livre, et démontra que Pierre n'était pas l'Antéchrist, parce que le nombre 6fi6 n'était pas dans son nom-. L'auteur du libelle fut roué, et celui de la réfutation fut fait évèque de Rezan.

Le czar n'a pas assujetti seulement l'Église à l'État, à l'exemple des sultans turcs; mais, plus grand politique, il a détruit une milice semblable à cplle dps jnnissairps ; et ce que les Ottomans ont vamement tenté, ill'a exécuté en peu de temps; il a dissipé les janissaires moscovites, nommés ^trélUi, qui tenaient les czars en tutelle. Celte milice, plus

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