En 1705. I corps de cavalerie légère
1758, trente régiments de dragons de mille hommes chacun, bien entretenus.
C'est lui qui a établi des houssards en Russie'. Enfin il a eu jusqu'à une école d'ingénieurs, dans un pays où persoiuie ne savait avant lui les éléments de la géométrie.
H était bon ingénieur lui-même; mais surtout il excellait dans tous les arts de la marine; bon capitaine de vaisseau, habile pilote, bon matelot, adroit charpentier, et d'autant ]ihis estimable dans ces arts qu'il était né avec une crainle ejJUigiiie de l'eau. Il ne pouvait, dans sa jeunesse, passer sur un pont sans frémir ; il faisait fermer alors les volets de bois de son carrosse : le courage et le génie domptèrent en lui cette faiblesse machinale.
11 fit construire un beau port auprès d'Azof, <à l'embouehure du Tanaïs- : il voulait y entretenir des galères; et dans la suite, croyant que ces vaisseaux longs, plats et légers, devaient réussir dans la mer Baltique, il en a fait construire plus de trois cents dans sa ville favorite de Pétersbourg; il a montré à ses sujets l'art de les bâtir avec du simple sapin, et celui de les conduire. 11 avait appris iiisqu'à la chirurgie : on l'a vu, dans un besoin, faire la l)onction à un hydropique; il réussissait dans les mécaniques, et instruisait les artisans.
Les finances du czar étaient à la vérité peu de chose par rapport à l'immensité de ses États; il n'a jamais eu vingtquatre milhons de revenu, à compter le marc à près de cinquante livres^, comme nous faisons aujourd'hui, et comme nous ne ferons peut-être pas demain; mais c'est être très riche chez soi que de pouvoir faire de grandes choses. Ce n'est pas la rareté de l'argent, mais celle des hommes et des talents qui rend un empire faible.
1. Corps (le cavalerie légère dont i 2. Aom autique ilu Don. la Hongrie a fourni le type. | 5. Voy. p. 15, note 5.
La nation russe iiWjjas nombreuse, quoique les femmes y soient fécondes et les hommes robustes. Pierre lui-même, en poliçant ses États, a malheureusement contribué à leur dépopulation. De fréquentes recrues dans des guerres longtemps malheureuses, des nations transplantées des bords de la mer Caspienne à ceux de la mer Baltique, consumées dans les travaux, détruites par les maladies, les trois quarts des enfants mourant en Moscovie de la petite w' vérole, plus dangereuse en ces climats qu'ailleurs; enfin, les tristes suites d'un gouvernement longtemps sauvage et barbare, même dans sa police, sont cause que cette grande partie du continent a encore de vastes déserts. On compte à présent* en Russie cinq cent mille familles de gentilshommes, deux cent mille de gens de loi, un peu plus de cinq millions de bourgeois et de paysans payant une espèce de taille-, six cent mille hommes dans les provinces conquises sur la Suède : les Cosaques de l'Ukraine et les Tartares, vassaux de la Moscovie, ne montent pas à plus de deux millions; enfin l'on a trouvé que ces pays immenses ne contiennent pas plus de quatorze millions d'hommes, c'est-à-dire un peu plus de deux tiers des habitants de la France.
Le czar Pierre, en changeant les mœurs, les lois, la milice, la face de son pays, voulut aussi être grand p^r le comnierce, qui fait à la fois la richesse d'un État et les avantages du monde entier. 11 entreprit de rendre la Russie le centre du négoce de l'Asie et de l'Europe. 11 voulait joindre par des canaux, dont il dressa le plan, la Dwine, le Volga, le Tanaïs, et s'ouvrir des chemins nouveaux de la mer Baltique au Pont-Euxin et à la mer Caspienne, et de ces deux mers à l'Océan septentrional.
v 1. A la dale de^î^ 1 régime rim|iôl personnel el direcl
t. La taille était sous l'ancicu | payé par les roturiers.
Le port d'Archangel, fermé par les glaces neuf mois de raniiée, et dont Fabord exigeait un circuit long et dangereux, ne lui paraissait pas assez cûjumode. il avait, dès Tan 1700, le dessein de bâtir sur la mer Baltique un port qui deviendrait le magasin du Mord, et une ville qui serait la capitale de son empire.
Il cherchait déjà un passage par les mers du nord-est à la Chine; et les manufactures de Paris et de Pékin devaient embellir sa nouvelle ville.
Un chemin par terre, de sept cent cinquante-quatre verstes*, pratiqué à travers des marais qu'il fallait combler, conduit de Moscou à sa nouvelle ville. La plupart de ses projets ont été exécutés par ses mains; et deux impératrices-, qui lui ont succédé l'une après l'autre, ont encoie été au delà de ses vues, quand elles étaient praticables, et n'ont abandonné que l'impossible.
11 a voyagé toujours dans ses États, autant que ses guerres l'ont pu permettre; mais il a voyagé en législateur et en physicien, examinant partout la nature, cherchant à la corriger ou à la perfectionner, sondant lui-même les profondeurs desilenves et des mers, ordonnant des écluses, visitant des chantiers, faisant fouiller des mines, éprouvant des métaux, faisant lever des cartes exactes, et y travaillant de sa main.
Il a bâti dans un lieu sauvage la ville impériale dePétersbourg^, qui contient aujoiu'd'hui soixante mille maisons, où s'est formée de nos jours une cour brillante, et où enfin on connaît les plaisirs délicats. Il a bâti le port de CronstaiU sur la Neva, Sainte-Croix sur les frontières de la Perse, des forts dans l'Ukraine dans la Sibérie; des ami-
1. Un peu i)lus de 200 lioucs. 1 bclli. — Le lexle est celui île 1751.