XIV. — CHARLES XII
Ainsi périt', à l'âge de trente-six ans et demi, Charles Xll. roi de Suède, après avoir éprouvé ce que la prospérité a de jilus grand et ce que l'adversité a de plus cruel, sans avoir été amolli par l'une, ni ébranlé un moment par l'autre. Presque toutes ses actions, jusqu'à celles de sa vie privée et linie-, ont été bien lom au delà du vraisemblable. C'est peut-être le seul de tous les hommes, et jusqu'ici le seul de tous les rois, qui ait vécu sans faiblesses 3; il a porté toutes les vertus des héros à un excès où elles sont aussi dangereuses que les vices opposés. Sa fermeté, devenue opiniâtreté, fit ses malheurs dans l'Ukraine et le retint cinq ans en Turquie; sa libéralité, dégénérant en profusion, a ruiné la Suède; son courage, poussé jusqu'à la témérité,
1. Frappé d'uiio l)alli; ;i la leiiipe 1 2 De clia(|iic jour. / (Iroilo, (levant Fi'édrickliall, en. Nor- 3. 11 veut parler surtout des (ai-
vège, le 11 décembre 1718. I blesses de l'uniour.
a causé sa mort; sa justice a été quelquefois jusqu'à la cruauté; et, dans les dernières années, le maintien de son autorité approchait de la tyrannie*. Ses grandes qualités, dont une seule eût pu immortaliser un autre prince, ont fait le malheur de son pays. 11 n'attaqua jamais jiersoune; mais il ne fut pas aussi prudent qu'implacable dans ses vengeances. Il a été le premier qui ait eu l'ambition d'être conquérant sans avoir l'envie d'agrandir ses États; il voulait gagner des empires pour les doimer. Sa passion pour la gloire, pour la guerre et pour la vengeance, l'empêcha d'être bon ])olitique, qualité sans laquelle on n'a jamais vu de conquérant. Avant la bataille et après la victoire, il n'avait que de la modestie; après la défaite que de la fermeté : dur pour les autres comme pour lui-même, comptant pour rien la peine et la vie de ses sujets, aussi bien que la sienne; homme unique plutôt que grand honmie, admirable plutôt qu'à imiter. Sa vie doit apprendre aux rois combien un gouvernement pacifique et heureux est au-dessus de tant de gloire.
Charles XII était d'une taille avantageuse et noble; il avait un très beau front, de grands yeux bleus remplis de dou^ ceur, un nez bien formé, mais le bas du visage désagréable, trop souvent défiguré par un rire fréquent qui ne partait que des lèvres, presque point de barbe ni de cheveux. Ii