‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 55 sur 259 · Dos grenadiers prussiens · texte numérisé non relu

Dos grenadiers prussiens

"i. Comparer le célèi)re morceau de La Bruyère contre la guerre (Des ingeiiwnts, 119J: « Petits lioniines,

hauts de six pieds, tout au ])lus de se])t, qui vous enfermez aux foires comme géants..., dès que vous allez jusques à huit pieds.... »

y(î EXTRAITS EN TROSE DE VOLTAIRE

Ce qui leur arriva avec les hommes.

Micromégas, bien meilleur observateur que son nain, vit clairement que les atomes se parlaient ; et il le lit remarquer à son compagnon, qui ne voulut point croire que de pareilles espèces pussent se communiquer des idées. Il avait le don des langues aussi bien que le Sirien; il n'entendait point parler nos atomes, et il supposait qu'ils ne parlaient pas : d'ailleurs, comment ces êtres imperceplibles auraient-ils les organes de la voix, et qu'auraient-ils à dire? Pour parler, il faut penser, ou à peu près; mais s'ils pensaient, ils auraient donc l'équivalent d'une âme : or, attribuer l'équivalent d'une àme à cette espèce, cela lui paraissait absurde. « 11 faut, dit le nain, lâcher d'examiner ces insectes, nous raisonnerons après. — C'est fort bien dit, » reprit Micromégas; et aussitôt il tira une paire de ciseaux dont il se coupa les ongles, et d'une rognure de l'ongle de son pouce il fit sur-le-champ une espèce de grande trompette parlante, counne un vaste entonnoir, dont il mit le tuyau dans son oreille. La circonférence de ICnloiiuoir enveloppait le vaisseau et tout l'équipage. La voix la plus faible entrait dans les fibres circulaires de longle; de sorte cpie, grâce à son industrie, le philosophe de là-haut entendit parfaitement le bourdonnement de nos insectes de là-bas. En peu d'heures il parvint à distinguer les paroles, et enfin à entendre le français. Le nain en lit autant, quoique avec plus de difficulté. L'élonnement des voyageurs redoublait à chaque instant. Ils entendaient des mites parler d'assez bon sens : ce jeu de la nature leur

paraissait inexplicable. Vous croyez bien que le Sirien et son nain brûlaient d'impatience de lier conversation avec les alomes; le nain craignait que sa voix de tonnerre, et surfont celle de Microniégas, n'assourdit les mites sans en tMre entendue. Il fallait en dnninuer la force. Ils se mirent dans la bouche des espèces de petits cure-dents, dont le l)Out fort effilé venait donner auprès du vaisseau. Le Sirien tenait le nain sur ses genoux, et le vaisseau avec féquipage sur son ongle; il baissait la fête et parlait bas. Enfin, moyeiuiant foutes ces précautions et bien d'autres encore, i! commença ainsi son discours :

« Insectes invisibles que la main du Créateur s'est plu à faire naître dans l'abime de l'infiniment petit, je le remercie de ce qu'il a daigné me découvrir des secrets qui semblaient impénétrables. Peut-être ne daignerait-on pas vous regarder à ma cour; mais je ne méprise personne et je vous offre ma protection, i)

Si jamais il y eut quelqu'un d'étonné, ce furent les gens qui entendirent ces paroles. Ils ne pouvaient deviner d'où elles partaient. L'aumônier du vaisseau récita les prières des exorcismes, les matelots jurèrent, et les philosophes du vaisseau firent des systèmes; mais quelque système qu'ils fissent, ils ne purent jamais deviner qui leur parlait. Le nain de Saturne, qui avait la voix plus douce que Micromégas, leur apprit alors en peu de mots à quelles espèces ils avaient affaire. Il leur raconta le voyage de Saturne, les mit au fait de ce qu'était M. Micromégas; et après les avoir plaints d'èlre si petils, il leur demanda s'ils avaient toujours été dans ce misérable état si voisin de l'anéantissement, ce qu'ils faisaient dans un globe qui paraissait appartenir à des baleines, s'ils étaient heureux, s'ils multipliaient, s'ils avaient une àrne, et cent autres questions de cette nature.

98 EXTRAITS EN TROSE DE VOI.TAIP.E.

Vn raisonneur do la troupe, plus hardi que les autres, el ciioqué de ce qu'on doutait de son âme, observa l'inlerlocuteur avec des pinnules braquées sur un quart de cercle, fit deux stations*, et à la troisième il parla ainsi : « Vous croyez donc, monsieur, parce que vous avez mille luises depuis la tète jusqu'aux pieds, et que vous êtes un.... — Mille toises! s'écria le nain ; juste ciel! d'où peut-il savoir ma hauteur? Mille toises! il ne se trompe pas d'un pouce : quoi! cet atome m'a mesuré! il est géomètre, il connaît ma grandeur; el moi, qui ne le vois qu'à travers un microscope, je ne connais pas encore la sienne! — Oui, je vous ai mesuré, dit le physicien, et je mesurerai encore bien votre grand compagnon, o

Alors Micromégas prononça ces paroles : « Je vois plus que jamais qu'il ne faut juger de rien sur sa grandeur apparente. 0 Dieu! qui avez donné une intelligence à des substances qui paraissent si méprisables, l'infininient petit vous coûte autant que l'infinimont grand; et s'il est possil)le qu'il y ait des êtres plus petits que ceux-ci, ils peuvent encore avoir un esprit supéiieur à ceux de ces superbes animaux que j'ai vus dans le ciel, dont le pied seul couvrirait le globe où je suis descendu, n

Un des philosophes lui répondit qu'il pouvait en toute sûreté croire qu'il est en effet des êtres intelligents beaucoup plus petits que l'homme. 11 lui conta, non pas tout ce que Virgile a dit de fabuleux sur les abeilles-, mais ce que Swammerdam a découvert, et ce (pie Réaumur'" a disséqué. 11 lui apprit enfin qu'il y a des animaux qui sont j)Our les abeilles ce que les abeilles sont pour l'homme, ce que le Sirien lui-même était pour ces animaux si vastes

1. Suivant les réglés de la irigo- 1 3. Célèlires aiiaiomisips ot cnlonométrie. 1 mologisics du temps, l'un Ilullan-

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