‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 61 sur 259 · Fouteiicllc · texte numérisé non relu

Fouteiicllc

lOfJ EXTRAITS EN PROSE DE VOLTAIRE.

quoi on a très grande raison de dire que les gens de qualité (j'entends ceux qui sont très riches) savent tout sans avoir rien appris', parce qu'en elFet, ils savent, à la longue, juger de toutes les choses qu'ils conunandent et qu'ils payent. »

L'aimable ignorant prit alors la parole et dit : « Vous avez très bien remarqué, madame, que la grande fin de l'homme est de réussir dans la société. De bonne foi, estce par les sciences qu'on obtient ce succès? s'est-on jamais avisé, dans la bonne compagnie, de parler de géométrie? deinande-l-on jamais à un honnête homme quel astre se lève aujourd'hui avec le soleil? s'informe-l-on, à souper, si Ciodion le Chevelu passa le Rhin? — Non, sans doute! s'écria la marquise de la Jeaimotière, que ses charmes avaient initiée quelquefois dans le beau monde-, et M. mon fils ne doit jwint éteindre son génie par l'étude de tous ces fatras; mais, enfin, que lui apprendra-t-on? car il est bon qu'un jeune seigneur puisse briller dans l'occasion, comme dil M. mon mari. Je me souviens d'avoir oui dire à un abbé (|ue la plus agréable des sciences était une chose dont j'ai oublié le nom... mais qui commence par un B. — Par un B, madame? ne serait-ce point la botanique? — Non, ce n'était point de botanique qu'il me parlait; elle commençait, vous dis-je, par un B, et finissait par un on. — Ah! j'entends, madame, c'est le blason. C'est, à la vérité, une science très profonde; mais elhï n'est |>lus à la mode depuis qu'on a perdu l'habitude de faire peindre ses armes aux portières de son carrosse : c'était la chose du monde la plus utile dans un État bien policé. D'ailleurs, cette étude serait infinie : il n'y a point, aujourd'hui, de barbier qui n'ait ses

1. C'i'sl le mot de Mascaiille 1 2. Avaient mise en ra|ii)ui't avec (Jluliére, l'récieuses, se. x). ! les (,'cns du bel air.

armoiries; et vous savez que tout ce qui devient commun est peu fêté. » Enfin, après avoir examiné le fort et le faible des sciences, il fut décidé que 51. le marquis apprendrait à danser*.

[Jeannot cl Colin.)

Page 1