‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 77 sur 259 · Un exemplaire du Palladioii, I diverses eours d'Europe · texte numérisé non relu

Un exemplaire du Palladioii, I diverses eours d'Europe

IW EXTRVITS EN PROSE DE VOLTAIRE.

011 arrête ma nièce; quatre soldats la traînent au milieu des boues chez le marchand Smith, qui avait je ne sais quel titre de conseiller privé du roi de Prusse. Ce marchand de Francfort se croyait alors un général prussien : il commandait douze soldats delà ville dans cette grande affaire, avec toute l'importance et la grandeur convenables. Ma nièce avait un passe-port du roi de France, et, de plus, elle n'avait jamais corrigé les vers du roi de Prusse. On respecte d'ordinaire les dames dans les horreurs de la guerre; mais le conseiller Smith el le résident Freyiag, en agissant pour Frédéric, croyaient lui faire leur cour en traînant le pauvre beau sexe dans les boues.

On nous fourra tous dans une espèce d'IuMellerie', à la porte de laquelle furent postés douze soldais : on eu mit (piatre autres dans ma chambre, quatre dans un grenier où l'on avait conduit ma nièce, quatre dans un galetas ouvert à lous les vents, où l'on fit coucher mon secrétaire sur de la paille. Ma nièce avait, à la véi-ité. un petit lit, mais ses ({ualre soldats, avec la baïonnette au bout du fusil, lui tenaient lieu de rideaux et de femme de chambre.

Nous avions beau dire que nous en appelions à César, que l'empereur avait été élu dans FrancforI, que mon secrétaire (lait Florentin et sujet de Sa Majesté Impériale, que ma nièce et moi nous étions sujets du roi très chrétien, et que nous n'avions rien à démêler avec le margrave de Brandebourg : on nous répondit que le margrave avait plus de crédit dans Francfort que l'empereur. Nous fûmes douze jjurs prisonniers de giieire, el il nous fallut payer cent (jiiarante écus par jour.

Le marchand Smith s'était euipni'i'- de lous mes effets qui iiie furent rendus plus légers de moitié. On ne pouvait

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