Ses Lettres
5. Il se cliargea même d'eu faire rire les autres, en écrivant l'Histoire du docteur AUakia, le plus niorduut de ses pamiihlets.
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Hollande, était son ennemi, et avait dit beaucoup de mal (le la prose et de la poésie de Sa Majesté à la piincessc d'Orange.
Celle première précaution prise, il aposia (pielques pauvres pensionnaires de l'Académie qui dépendaient de lui, et fit condamner Koenig, comme faussaire, à être rayé du nombre des académiciens. Le géomètre de Hollande avait pris les devants, et avait renvoyé sa patente de la dignité d'académicien de Berlin.
Tous les gens de lettres de l'Europe furent aussi indignés des manœuvres de Maupertuis qu'ennuyés de sou livre. 11 obtint la haine et le mépris de ceux qui se piquaient de philosophie, et de ceux qui n'y entendaient rien. On se contentait à Berlin de lever les épaules, car le roi ayant pris part dans cette malheureuse affaire, personne n'osait parler; je fus le seul qui élevai la voix. Koenig était mon aini; j'avais à la fois le plaisir de défendre la liberté des gens de lettres avec la cause d'un ami, et celui de mortifier un eimemi (jui était autant l'ennemi de la modestie (pie le mien. Je n'avais nul dessein de rester à Berlin; j'ai toujours préféré la liberté à tout le reste. Peu de gens de lettres en usent ainsi. La plupart sont pauvres; la pauvreté énerve le courage; et tout philosophe à la cour devient aussi esclave (jue le premier officier de la couroime. Je sentis combien ma liberté devait déplaire à un roi plus absolu que le Grand-Turc. C'était im plaisant roi dans l'intérieur de sa maison, il le faut avouer. Il protégeait Maupertuis, et se moquait de lui plus que de personne. Il se mit à écrire contre lui, et m'envoya son manuscrit dans ma chambre par un des ministres de ses plaisirs secrets, nommé Marvits; il tourna beaucoup en ridicule le trou au centre de la terre, sa méthode de guérir avec un enduit de poix résine, le voyage au pôle austral, la ville
Inlino, et la lâcheté de son académie, qui avait soutTert la lyraiinie exercée sur le pauvre Koenig. Mais comme sa devise était point de bruit, si je ne le fais, il fit brûler' tout ce qu'on avait écrit sur celle matière, excepté son ouvrage.
Je lui renvoyai son ordre, sa clef de chambellan, ses pensions; il fit alors tout ce qu'il put pour me garder, et moi tout ce que je pus pour le quitter. Il me rendit sa croi\ et sa clef, il voulut que je soupasse avec lui; je fis donc encore un souper de Damoclès; après quoi je partis avec promesse de revenir, et avec le ferme dessein de ne le revoir de ma vie.
En sortant de mon palais d'Alcine, j'allai passer un mois auprès de Mme la duchesse de Saxe-Gotha, la meilleure princesse de la terre, la plus douce, la plus sage, la plus égale, et qui. Dieu merci, ne faisait point de vers. De là je fus ipielques jours à la maison de campagne du landgrave de Hesse, qui était beaucoup plus éloigné de !a poésie que la princesse de Gotha. .le respirais. Je continuai doucement mon chemin par Francfort. C'était là que m'attendait ma très bizarre destinée.
Je tombai malade à Francfort ; une de mes nièces-, veuve d'un capitaine au régiment de Champagne, femme très aimable, remplie de talents, et qui de plus était regardée à Paris comme bonne compagnie, eut le courage de quitter Paris pour venir me trouver sur le Mein; mais elle me trouva prisonnier de guerre. Voici comme cette belle aventure s'était passée. Il y avait à Francfort un nommé Freytag, banni de Dresde, après y avoir été mis au carcan et condamné à la brouette, devenu depuis dans Francfort agent
1. 2i décemlirp 1732. i tahv ;i François I", oinporour il'AI-
2. Mme Denis. — Cf., sur cet in- leniagnc, dans notre Choix de Lelcideiil (le Fi'ancforl, la lettre de Vol- I li'es, p. 191.
du roi de Prusse, qui se servait volontiers de tels minisires, parce qu'ils n'avaient de gages que ce qu'ils pouvaient attraper aux passants.
Cet ambassadeur et un marchand nonnné Smith', condamné ci-devant à l'amende pour fausse monnaie, me signitièrent de la part de S. M. le roi de Prusse, que j'eusse à ne point sortir de Francfort, jusqu'à ce que j'eusse rendu les effets précieu.v que j'emportais à Sa Majesté. « Hélas! messieurs, je n'emporte rien de ce pays-là, je vous jiu'e, pas même les moindres regrets. Quels sont donc les joyaux de la couronne brandebourgeoise que vous redemandez? — C'être, monsir, répondit Freytag l'œuvre de poëshie^ du roi mon gracieux maître. — Oh ! je lui rendra sa prose et ses vers de tout mon cœur", lui répliquai-je, quoique après tout j'aie plus d'un droit à cet ouvrage. Il m'a fait présent d'un bel exemplaire imprimé à sesdépeiLS Jhdheureusement cet exemplaire est à Leipsick avec mes autres effets. )) Alors Freytag me proposa de rester à Francfort jusqu'à ce que le trésor qui était à Leipsick fût arrivé ; et il me signa ce beau billet :
« Monsir, sitôt le gros ballot de Leipsick sera ici, où est l'œuvre de poëshie du roi mon mailre, que Sa Majesté demande; et l'œuvre de poëshie rendu à moi, vous pourrez partir où vous paraîtra bon. A Francfort, 1" de juin 1753. Freytag, résident du roi mon maître. »
J'écrivis au bas du billet: Bon pour V œuvre de poëshie du roi votre maître : de quoi le résident fut très satisfait.
Le 17 de juin arriva le grand ballot de poëshie. Je remis fidèlement ce sacré dépôt, et je crus pouvoir m'en aller sans manquer à aucune tète couronnée : mais dans l'instant que je partais, on m'arrête, moi, mon secrétaire et mes gens;
1. Sclimidt, conseiller aulique du I poème satirique où Fiéiléric tirapail roi (le Prusse. plusieurs grands personnages des