‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 86 sur 259 · Aussi ce nom est-il encore ifrnorô · texte numérisé non relu

Aussi ce nom est-il encore ifrnorô

2. l'Iiysicien du xvii* sirclo. disciple de Descartes : il uu mérite pas ce dodaiii.

CRITIQUE ET LITTÉRATIRE. 151

lois fondamentales de l'État, et les droits des souverains?» Le Balafré et le duc de Mayenne seraient un peu surpris si on leur lisait cette épitre. Et que dirait Henri IV?

Les préfaces sont un autre écuoil. Le moi est haïssable, disait Pascal. Parlez de vous le moins que vous pourrez, car vous devez savoir que l'amour-propre du lecteur est aussi grand que le vôtre. Il ne vous pardonnera jamais de vouloir le condamner à vous estimer. C'est à votre livre à parler pour lui, s'il parvient à être lu dans la foule.

« Les illustres suffrages dont ma pièce a été honorée devraient me dispenser de répondre à mes adversaires. Les applaudissements du public ... » Rayez tout cela, croyez-moi: vous n'avez pas eu de suffrages illustres, votre pièce est ouljliée pour jamais.

« Quelques censeurs ont prétendu qu'il y a un peu trop d'événements dans le troisième acte, et que la princesse découvre trop tard dans le quatrième les tendres sentiments de son cœur pour son amant; a cela je réponds que.... » Ne réponds point, mon ami, car personne n'a parlé ni ne parlera de ta princesse. Ta pièce est tombée parce qu'elle est ennuyeuse et écrite en vers plats et barbares; ta préface est une prière pour les morts, mais elle ne les ressuscitera pas.

D'autres attestent l'Europe entière qu'on n'a pas entendu leur système sur les compossibles, sur les supralapsaires, sur la différence qu'on doit mettre entre les hérétiques macédoniens et les hérétiques valentiniens '. Mais vraiment je crois bien que personne ne t'entend, puisque personne ne te lit.

On est inondé de ces fatras et de ces continuelles répé-

1. Diverses sectes hérétiques. — Les deux premières lireul leur nom du fonds de leur doctrine, les deux

autres du nom de leur fondateur.

Valeulin (n" siècle) et Mucédouius (iv° siècle).

tilioiis, et des insipides romans qui copient de vieux roninns, el de nouveaux systèmes fondés sur d'anciennes rêveries, et de petites historiettes prises dans les liistoires générales.

Voulez-vous être auteur, voulez-vous faire un livre; songez qu'il doit être neuf et ulile, ou du moins infinimeul agréable.

Quoi ! du fond de votre province vous m'assassinerez de plus d'un in-quarto pour m'apprendre qu'un roi doit être jusle, el que Trajan était plus vertueux que Caligula! vous ferez imprimer vos sermons qui out endormi votre petite ville inconnue! vous mettrez à contribution toutes nos histoires pour en extraire la vie d'un prince sur qui vous n'avez aucuns mémoires nouveaux !

Si vous avez écrit une histoire de voire temps, ne douiez ])as qu'il ne se trouve quelque éplucheur de chronologie, ((uelque commenfaleur de gazette qui vous relèvera sur une date, sur un nom de baptême, sur un escadron mal placé par vous à trois cents pas de l'endroit où il fut en effet posté. Alors corrigez-vous vile '.

Si un ignorant, un folliculaire se mêle de critiquer à lort et à travers, vous pouvez le confondre; mais nommezle rarement, de peur de souiller vos écrits.

Vous attaque-t-on sur le style, ne répondez jamais; c'est à votre ouvrage seul à répondre.

Un homme dit que vous êtes malade, contentez-vous de vous bien porter, sans vouloir prouver au public que vous êtes en parfaite santé; et surtout souvenez-vous que le public s'embarrasse fort peu si vous vous portez bien ou mal.

Cent auteurs compilent pour avoir du pain, et vingt

1. Ainsi fait Voliaire dans chaque édition de ses ouvrages liislûiiciucs.

Cr.lTIQUE ET LITTÉRATURE.

fdiliciilaires foui l'extrait, la critique, l'apologie, la satire de ces compilations, dans l'idée d'avoir aussi du pain, parce qu'ils n'ont point de métier. Tons ces gens-là vont le vendredi demander au lieutenant de police de Paris la permission de vendre leurs drogues.

Ils s'en retournent avec une permission tacite* de faire vendre et débiter par tout le royaume leurs Historieltcs, leurs Recueils de bons mois, la Vie du bienheureux Réyis, la Traduclion d'un poème allemand, les Nouvelles découvertes sur les anguilles, un Nouveau choix de vers, un Système sur Forigine des cloches, les Amours du crapaud. Un libraire acbèle leurs productions dix écus; ils en donnent cinq au l'oUiculaire du coin, à condition qu'il en dira du bien dans ses gazettes. Le folliculaire prend leur argent, et dit de leurs opuscules tout le mal qu'il peut.

Ces pauvres gens se partagent en deux ou trois bandes, et vont à la quête comme des moines mendiants ; mais n'ayant point fait de vœux, leur société ne dure que peu de jours; ils se traliissent comme des prêtres qui courent le même bénéfice, quoiqu'ils n'aient nul bénéfice à espérer ; et cela s'appelle des auteurs!

Le malheur de ces gens-là vient de ce que leurs pères ne leur ont point fait apprendre une profession : c'est un grand défaut dans la police- moderne. Tout homme du peuple qui peut élever son fils dans un art utile, et ne le fait pas, mérite punition. Le fils d'un metteur en œuvre ^ se fait jésuite à dix-sept ans. Il est chassé de la société à vingt-quatre, parce que le désordre de ses mœurs a trop éclaté. Le voilà sans pain; il devient folliculaire; il in-

I. C'est la permission qu'accortliiit la ilireclion de la librairie, par tolérance, aux ouvragesqui n'étaient pas jugés dignes d'un privilège et

()ui cependant ne contenaient rien d'absolument répréliensible.

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