I. — LE METIER D'AUTEUR
Auteur est un nom générique (jui peut, comme le nom de foutes les autres professions, signifier du bon et du mauvais, du respectable ou du ridicule, de l'utile et de l'agréable ou du fatras de rebut.
Ce nom est tellement commun à des choses différentes, (lu'on dit également V Auteur de In lUdure, et l'auteur des chansons du Pont-Neuf ou l'auteur de l'Année tiltéraire^.
Nous croyons (|ue l'auteur d'un bon ouvrage doit se garder de trois choses, du titre, de l'épîfre dédicatoire, et de la préface. Les autres doivent se garder d'une quatrième, c'est d'écrire.
Quant au titre, s'il a la rage, d'y mettre son nom, ce qui est souvent très dangereux-, il faut du moins que ce soit
1. Fréron (né en 1719, mort pn 1770) ('>t l'un des iniiiciijaux fouda- Icurs do la critique périodique. — Il ne manquait ni d'espril, ni surtout d'énergie : c'était un homme de combat. La rigueur de ses critiques, qui lomliaicntsouvent juste.
sur les écrits des encyclopédistes et de leurs adhérents, l'a exposé, surtout de la part de Voltaire, à des représailles sanglantes.
2. La librairie était sous le régime de l'arbitraire, et l'on sailavco quel ajjionib Vollaire osait de |).seu-
EXTP.AITS EN PROSE DE VOLTAIRE.
sous une lornie modeste; on n'aime point à voir un ouvrage pieux, qui doit renfermer des leçons d'humilité, par Messire ou Monseigneur un tel, conseiller du roi en ses conseils, évêque et comte d'une telle ville. Le lecteur, qui est toujours malin, et qui souvent s'ennuie, aime fort à tourner en ridicule un livre annoncé avec tant de faste. Ou se souvient alors (pie l'auteur de ['Imitation de Jésus- Christ n'y a pas mis son nom'.
Plusieurs personnes trouvent mauvais qu'une compilation dans laquelle il y a de très beaux morceaux soit annoncée pur Monsieur, etc., ci-devant professeur de l'Université, docteur en liiéologie, recteur, précepteur des eidants de M. le duc de..., membre d'une académie, et même de deux. Tant de dignités ne rendent pas le livre meilleur. On souhaiterait qu'il fût plus court, plus philosopliiiiue. moins rempli de vieilles fables; à l'égard des titres et qualités, personne ne s'en soucie.
L'épitre dédicaloire n'a été souvent présentée que parla bassesse intéressée, à la vanité dédaigneuse :
De là vient cet cnma»; d'ouvrages Jiiercenaires; Stances, odes, sonnets, épîtres liminaires, Où toujours le héros passe pour sans pareil. Et, fût-il louche et borgne, est réputé soleil. (BOILEAU, Ep. IX.
Qui croirait que Rohault-, soi-disant physicien, dans sa dédicace au duc de Guise, lui dit que « ses ancêtres ont maintenu aux dépens de leur sang les vérités politiques, les
douymespour répudier la paleriiilé (le SCS ouvi-asps comproniPltaiHs.
On voil qu'il é\i;\c l'ct CNluVliciil :'i la liauteur d'un principe. Voy. Inlnd.