‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 9 sur 259 · II. — MORT DE JEAN HUS ET DE JEROME DE PRAGUE · texte numérisé non relu

II. — MORT DE JEAN HUS ET DE JEROME DE PRAGUE

L'empereur Charles ^\^ législateur de l'Allemagne et de la Bohême, avait fondé une université daiis Prague, sur le modèle de celle de Paris-. Déjà on y comptait, à ce qu'on dit, près de vingt mille étudiants au commencement du XV* siècle. Les Allemands avaient trois voix dans les délibérations de l'académie, et les Bohémiens une seule. Jean jhjs. né en Bohême, devenu bachelier de cette académie, et confesseur de la reine Sophie de Bavière, femme de Ven-

1. Allusion aux affaires du jansénisiue qui troublèrent le royaume jusqu'au milieu ilu xviii" siècle.

"2. En 1338; celle de Paris existait aepuis plus de cent cinquante ans.

— Charles IV (de la maison de Luxembourg), roi de Bohème et empereur, avait promulgué eu 1530 la Bulle (fur qui fut la Charte de l'empire germanique jusiju'cn 1803.

ceslas', obtint de cette reine que ses compatriotes, au contraire, eussent trois voix, et les Allemands une seule. Les Allemands irrités se retirèrent; et ce furent autant d'ennemis irréconciliables que se fît Jean Hus. Il reçut dans ce temps-là quelques ouvrages de Wiclef-; il en rejeta constamment la doctrine, mais il en adopta tout ce que la bile de cet Anglais avait répandu contre les scandales des papes et des évêques, contre celui des excommunications lancées avec tant de légèreté et de fureur; enfin contre toute puissance ecclésiastique, que Wiclef regardait comme une usurpation. Par là il se fit de bien plus grands ennemis; mais aussi il se concilia beaucoup de protecteurs, et surtout la reine, qu'il dirigeait. On l'accusa devant le pape Jean XXIII, et on le cita à comparaître vers l'an 1411. Il ne comparut point. On assembla cependant le concile de Constance, qui devait juger les papes et les opinions des bommes'; il y fut cité (141-4). L'empereur lui-même écrivit eu Bohème ((u'on le fit partir pour venir rendre compte de sa doctrine.

Jean Uus, plein de confiance, alla au concile, où ni lui ni le pape n'auraient dû aller. Il y arriva, accompagné de quelques gentilshommes bohémiens et de plusieurs de ses disciples; et, ce qui est très essentiel, il ne s y rendit que muni d'un saii^f-condnjjt de l'empereur*, daté du 18 octobre 1414, sauf-conduit le plus favorable et le plus ample qu'on puisse jamais donner, et par lequel l'empereur le prenait sous sa sauvegarde pour son voyage, son séjour et son retour. A peine fut-il arrivé qu'on l'emprisonna; et on instruisit son procès eu même temps que celui du pape. 11 s'enfuit

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