C'est le concile qui mit liu au
grand scliisnio d'Ocrideiil par la double déposition de Jean XXIll et de Benoît XIII.
i. SigisinouJ.
comme ce pontife, et fut arrêté comme lui; l'un et l'autre fiu'ent gar(l(''s (|uel(iiie temps dans la même prison.
(1-415). Enlln il comparut |)lusieurs fois, chargé déchaînes. On l'interrogea sur quekpies passages de ses écrits. Il faut l'avouer, il n'y a personne qu'on ne puisse perdre en interprétant ses paroles : quel docteur, quel écrivain est en sûreté de sa vie, si on condamne au bûcher quiconque dit (( qu'il n'y a qu'une Église catholi([ue qui renferme dans son sein tous les prédestinés; qu'un réprouvé n'est pas de cette Église; que les seigneurs temporels doivent obliger les prêtres à observer la loi; qu'un mauvais pape n'est pas ^ le vicaire de Jésus-Christ »?
Voilà quelles étaient les propositions de Jean Uns. 11 les expliqua toutes d'une manière qui pouvait obtenir sa grâce; mais on les entendait de la manière qu'il fallait pour le condamner. Un père du concile lui dit : « Si vous ne croyez pas l'universel a parte rei^, vous ne croyez pas la présence réelle. » Quel raisonnement, et de quoi dépendait alors la vie des hommes! Un autre lui dit : a Si le sacré concile prononçait que vous êtes borgne, en vain seriez- ■^ vous pourvu de deux bons yeux, il faudrait vous confesser borgne. »
Jean Uns n'adoptait aucune des propositions de Wiclef*, qui séparent aujourd'hui les protestants de l'Eglise romaine; cependant il fut condamné à expirer dans les flannnes. En cherchant la cause d'une telle atrocité, je n'ai jamais pu en trouver d'autre que cet esprit d'opiniàtrelé qu'on puise V dans les écoles. Les pères du concile voulaient absolument (pie Jean Uus se rétractât ; et Jean Hus, persuadé qu'il avait
1 . Tenue de scolaslique, sigiii- (innl en réalilé, objectivement, par opposition à a parle mentis, idéalement.
2. Négation du pouvoir dos papes,"^ de la présence réelle, de la légiti- I mité de la confession et des indul- J gences, etc.
raison, ne voulait point avouer qu'il s'était trompé. L'empereur, touché de compassion, lui dit : « Que vous coùtet-il d'abjurer des erreurs qui vous sont faussement attribuées? Je suis prêt d'abjurer à l'instïnt toutes sortes d'erreurs; s'ensuit-il que je les aie tenues? » Jean Hus fut inflexible. 11 fit voir la difl'érence entre abjurer des erreurs en général, et se rétracter d'une erreur. Il aima mieux être brûlé que de convenir qu'il avait eu tort.
Le concile fut aussi inflexible que lui : mais l'opiniâtreté de courir à la mort avait quelque chose d'héroïque; celle de l'y condamner était bien cruelle. L'empereur, malgré la ^' foi du sauf-conduit, ordonna à l'électeur palatin de le faire traîner au supplice. Il fut brûlé vif en présence de l'électeur même, et loua Dieu jusqu'à ce que la flamme étouffât sa voix.
Quelques mois après, le concile exerça encore la même sévérité contre Uiéronyme, disciple et ami de Jean Hus, que nous appelons Jérôme de Prague. C'était un homme bien supérieur à Jean Hus en esprit et en éloquence. Il avait d'abord souscrit à la condamnation de la doctrine de son maître; mais, ayant appris avec quelle grandeur d'âme Jean Hus était mort, il eut honte de vivre. Il se rétracta publiquement, et fut envoyé au bûcher. Poggio, Florentin*, secrétaire de Jean XXIll, et l'un des premiers restaurateurs des lettres, présent à ses interrogatoires et à son supplice, dit qu'il n'avait jamais rien entendu qui approchât autant de l'éloquence des Grecs et des Romains que les discours de Jérôme à ses juges. « Il parla, dit-il, comme Socrate, et \ marcha au bûcher avec autant d'allégresse que Socrate avait bu la coupe de ciguë. »
Puisque Poggio a fait cette comparaison, qu'il me soit