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I. Louis XIV

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N'en défend pas nos rois.

Il n" avait qu'à lire dans Racan (Ode au comte de Bussy) :

Que te sert de chercher les tempêtes de Mars, Pour mourir tout en vie au milieu des hasards

Où la gloire te mène?

Cette mort qui promet un si digne loyer, N'est toujours que la mort, qu'avecque moins de peine

L'on trouve en son foyer.

Que sert à ces galants ce pompeux appareil. Dont ils vont dans la lice éblouir le soleil

Des trésors du Pactole?

La gloire qui les suit, après tant de travaux, Se pusse en moins de temps que la poudre qui vole

Du pied de leurs chevaux.

11 n'avait surtout qu'à lire les grands traits d'Homère, de Virgile, d'Horace, d'Ovide, etc.

Nicole écrivit contre le théâtre, dont il n'avait pas la moindre teinture, et il fut secondé par un nommé Dubois, qui était aussi ignorant que lui en belles-lettres.

Il n'y a pas jusqu'à Montesquieu, qui, dans son livre amusant des Lettres persanes, a la petite vanité de croire qu'Homère et Virgile ne sont rien en comparaison d'un homme qui imite avec esprit et avec succès le Siamois de Dufresny, et qui remplit son livre de choses hardies, sans lesquelles il n'aurait pas été lu. « Qu'est-ce que les poèmes épiques? dit-il : je n'en sais rien : je méprise les lyriques autant que j'estime les tragiques. » 11 ne devait pourtant pas tant mépriser Pindare et Horace. Aristote ne méprisait point Pindare.

Descartes fit, à la vérité, pour la reine Christine un petit divertissement en vers, mais digne de sa matière cannelée.

Malebranche ne distinguait pas le qu'il mourût de Corneille d'un vers de Jodelle ou de Garnier.

Quel homme qu' Aristote, qui trace les règles de la tragédie de la même main dont il a donné celles de la dialectique, de

la morale, de la politique, et dont il a levé, autant qu'il a pu, le grand voile de la nature !

C'est dans le chapitre quatrième de sa Poétique que Boileau a puisé ces beaux vers :

Il n'est point de serpent ni de monstre odieux Qui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux ; D'un pinceau délicat l'artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable : Ainsi pour nous charmer, la Tragédie en pleurs D'OEdipe tout sanglant fit parler les douleurs.

Voici ce que dit Aristote : « L'imitation et l'harmonie ont produit la poésie... Nous voyons avec plaisir, dans un tableau, des animaux affreux, des hommes morts ou mourants que nous ne regarderions qu'avec chagrin et avec frayeur dans la nature. Plus ils sont bien imités, plus ils nous causent de satisfaction. »

Ce quatrième chapitre de la Podlique d'Aristote se trouve presque tout entier dans Horace et dans Boileau. Les lois qu'il donne dans les chapitres suivants sont encore aujourd'hui celles de nos bons auteurs, si vous en exceptez ce qui regarde les chœurs et la musique. Son idée que la tragédie est instituée pour purger les passions, a été fort combattue ; mais s'il entend, comme je le crois, qu'on peut dompter un amour incestueux en voyant le malheur de Phèdre, qu'on peut réprimer sa colère en voyant le triste exemple d'Ajax, il n'y a plus aucune difficulté.

Ce que ce philosophe recommande expressément, c'est qu'il y ait toujours de l'héroïsme dans la tragédie, et du ridicule dans la comédie. C'est une règle dont on commence peutêtre trop aujourd'hui à s'écarter.

{Dict. phit. — Poétique d'Aristote.)

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