‹ Extraits en prose, philosophie, histoire, littérature, mélangesChapitre 139 sur 207 · MÊME SUJET · texte numérisé non relu

MÊME SUJET

Où trouver dans nos nations modernes un physicien, un géomètre, un métaphysicien, un moraliste même qui ait bien parlé de la poésie? Ils sont accablés des noms d'Homère, de Virgile, de Sophocle, de l'Arioste, du Tasse, et de tous ceux qui ont enchanté la terre par les productions harmonieuses de leur génie. Ils n'en sentent pas les beautés, ou, s'ils les sentent, ils voudraient les anéantir.

Quel ridicule dans Pascal de dire : « Comme on dit beauté poétique, on devrait dire aussi beauté géométrique, et beauté médicinale. Cependant on ne le dit point ; et la raison en est qu'on sait bien quel est l'objet de la géométrie, et quel est l'objet de la médecine ; mais on ne sait pas en quoi consiste l'agrément qui est l'objet de la poésie. On ne sait ce que c'est que ce modèle naturel qu'il faut imiter ; et faute de cette connaissance on a inventé de certains termes bizarres , siècle d'or, merveilles de nos jours, fatal laurier, bel astre, etc. Et on appelle ce jargon beauté poétique. »

On sent assez combien ce morceau de Pascal est pitoyable. On sait qu'il n'y a rien de beau ni dans une médecine, ni dans les propriétés d'un triangle, et que nous n'appelons beau que ce qui cause à notre ame et à nos sens du plaisir et de l'admiration. C'est ainsi que raisonne Aristote : et Pascal raisonne ici fort mal. Fatal laurier, bel astre, n'ont jamais été des beautés poétiques. S'il avait voulu savoir ce que c'est, il n'avait qu'à lire Malherbe (stances à Duperrier) :

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre, Est soumis à ses lois ;

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