‹ Extraits en prose, philosophie, histoire, littérature, mélangesChapitre 158 sur 207 · AMITIE · texte numérisé non relu

AMITIE

Il y a lieu d'être surpris que si peu de poètes et d'écrivains aient dit en faveur de Yamitié des choses qui méritent d'être retenues. Je n'en trouve ni dans Corneille, ni dans Racine, ni dans Boileau, ni dans Molière. La Fontaine est le seul poète célèbre du siècle passé qui ait parlé de cette consolation de la vie. Il dit à la fin de la fable des Deux Amis (liv. VIII, fab. xi) :

Qu'un ami véritable est une douce chose!

11 cherche vos besoins au fond de votre cœur;

11 vous épargne la pudeur

De les lui découvrir vous-même;

Un songe, ua rien, tout lui fait peur

Quaud il s'agit de ce qu'il aime.

Le second vers est le meilleur, sans contredit, de ce passage. Le mot de pudeur n'est pas propre : il fallait honte. On ne peut dire : « J'ai la pudeur de parler devant vous, » au lieu de : a J'ai honte de parler devant vous ; » et on sent d'ailleurs que les derniers vers sont faibles : mais il règne dans ce morceau, quoique défectueux, un sentiment tendre et agréable, un air aisé et familier, propre au style des fables.

Je trouve dans la Henriade un trait sur l'amitié beaucoup plus fort (ch. VIII, 317-24):

Il l'aimait non en roi, non eu maître sévère. Qui soutire qu'on aspire à l'honneur de lui plaire, Et de qui le cœur dur et l'inflexible orgueil Croit le sang d'un sujet trop payé d'uu coup d'œil. Henri de l'amitié sentit les nobles flammes : Amitié, dou du ciel, plaisir des grandes âmes ; Amitié que les rois, ces illustres ingrats, Sout assez malheureux pour ne connaître pas I

Cela est dans un goût plus mâle, plus élevé que le passaf:e

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