LES ANCIENS ET LES MODERNES
elle peut immortaliser de pareils vers, cela me paraît le plus ^rand effort de l'art. Mais n'auriez-vous pas du moins employé cette invention ù imprimer les ouvrages de mon père?
LE SAVANT. — Oui, madame; mais on ne les lit plus. J'en suis fâché pour monsieur votre père; mais aujourd'hui nous ne connaissons guère que son nom.
(Alors on apporta du chocolat, du thé, du café, des glaces. Tullia fut étonnée de voir on été de la crème et des groseilles gelées. On lui dit que ces boissons figées avaient été composées en sis minutes par le moyen du salpêtre dont on les avait entourées, et que c'était avec du mouvement qu'on avait produit cette fixation et ce froid glaçant. Elle demeura interdite d'admiration. La noirceur du chocolat et du café lui inspira quelque dégoût; elle demanda comment ces liqueurs étaient estraites des plantes du pays. Un dpc et pair qui se trouva là lui répondit : )
Les fruits dont ces boissons sont composées viennent d'un autre monde, et du fond de l'Arabie.
TULLIA. — Pour l'Arabie, jela connais, maisje n'avais jamais entendu parler de ce que vous appelez café; et pour l'autre monde, je ne connais que celui d'où je viens; je vous assure qu'il n'y a point de chocolat dans ce monde-là.
M. LE DLX. — Le monde dont on vous parle, madame, est un continent nommé l'Amérique, presque aussi grand que l'Asie, l'Europe et l'Afrique ensemble, et dont on a des nouvelles beaucoup plus certaines que de celui d'où vous venez.
TULLIA. — Comment ! nous qui nous appelions les maîtres de l'univers, nous n'en aurions donc possédé que la moitié ! cela est humiliant.
LE SAVANT, pîqué (le 06 Qnc M"^" TulUa avait trouvé ses vers mauvais, lui répliqua brusquement : — Vos Romains, qui se vantaient d'être les maîtres de l'univers, n'en avaient pas conquis la vingtième partie.- Nous avons à présent au boutde l'Europe un empire qui est plus vaste lui seul que l'empire romain'; encore est-il gouverné par une femme ^ qui a plus d'esprit que vous, qui est plus belle que vous, et qui porte