Catherine II
4o8 VOLTAIRE
des chemises. Si elle lisait mes vers, je suis sûr qu'elle les trouverait bons.
(M"" lamnrquis^ 6t taire le savant, qui manquait de respect à une dame romaine, & la fille de Cicéron. M. le duc expliqua comment on avait découvert l'Amérique et, tirant sa montre, à laquelle pendait galamment une petite boussole, il lui fit voir que c'était avec une aiguille qu'on était arrivé dans un autre hémisphère. La surprise de la Romaine redoublait à chaque mot qu'on lui disait et à chaque chose qu'elle voyait; elle s'écria enfin:)
TCLLiA. — Je commence à craindre que les Modernes ne l'emportent sur les Anciens; j'étais venue pour m'en éclaircir, et je sens que je vais rapporter de tristes nouvelles à mon père.
Voici ce que lui répondit m. le duc :
— Consolez-vous, madame ; nul homme n'approche parmi nous de votre illustre père, pas même l'auteur de la Gazelle ecclésiastique ou celui du Journal chrétien ; nul homme n'approche de César, avec qui vous avez vécu, ni de vos Scipions qui l'avaient précédé. Il se peut que la nature forme aujourd'hui, comme autrefois, de ces âmes sublimes; mais ce sont de beaux germes qui ne viennent point à maturité dans un mauvais terrain.
Il n'en est pas de même des arts et des sciences; le temps et d'heureux hasards les ont perfectionnés. Il nous est plus aisé, par exemple, d'avoir des Sophocles et des Euripides que des personnages semblables à monsieur votre père, parce que nous avons des théâtres, et que nous ne pouvons avoir de tribune aux harangues. Vous avez sifflé la tragédie de Catilina^; mais quand vous verrez jouer Phèdre, vous conviendrez peutêtre que le rôle de Phèdre, dans Racine, est prodigieusement supérieur au modèle que vous connaissez dans Euripide. J'espère que vous conviendrez que notre Molière l'emporte sur votre Térence. J'aurai l'honneur, si vous le permettez, de vous donner la main à l'Opéra, et vous serez étonnée d'entendre chanter en parties. C'est encore là un art qui vous était inconnu.
Voici, madame, une petite lunette; ayez la bonté d'appli-