RIRE
bouche; mais ce n'est point un ris véritable, c'est une convulsion, c'est un tourment. Les larmes peuvent alors être vraies, parce qu'on souffre; mais le rire ne l'est pas; il faut lui donner un autre nom, aussi Tappelle-t-on rire sardonien. Le ris malin, le perfidum iHdens, est autre chose ; c'est la joie de l'humiliation d'autrui : on poursuit par des éclats moqueurs, par le cachinnum (terme qui nous manque}, celui qui nous a promis des merveilles et qui ne fait que des sottises : c'est huer plutôt que rire. ÎS'otre orgueil alors se moque de l'orgueil de celui qui s'en fait accroire. On hue notre ami Fréron dans VÉcossaise plus encore qu'on n'en rit : j'aime toujours à parler de l'ami Fréron; cela me fait rire.
{Dict. phil.)
RIRE (le) au théâtre.
Une dame très respectable étant un jour au chevet d'une de ses filles qui était en danger de mort, entourée de toute sa famille, s'écriait en fondant en larmes : « Mon Dieu, rendezla-moi, et prenez tous mes autres enfants! » Un homme qui avait épousé une autre de ses filles s'approcha d'elle, et la tirant par la manche : « Madame, dit-il, les gendres en sontils? » Le sang-froid et le comique avec lequel il prononça ces paroles fit un tel efi"et sur cette dame affligée, qu'elle sortit en éclatant de rire; tout le monde la suivit en riant; et la malade, ayant su de quoi il était question, se mit à rire plus fort que les autres.
Nous n'inférons pas de là que toute comédie doive avoir des scènes de bouffonnerie et des scènes attendrissantes. Il y a beaucoup de très bonnes pièces où il ne règne que de la gaîté; d'autres toutes sérieuses, d'autres mélangées, d'autres où l'attendrissement va jusqu'aux larmes. Il ne faut donner l'exclusion à aucun genre ; et si l'on me demandait quel genre est le meilleur, je répondrais : « Celui qui est le mieux traité. »
11 serait peut-être à propos et conforme au goût de ce siècle
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raisonneur d'examiner ici quelle est cette sorte de plaisanterie qui nous fait rire à. la comédie.
La cause du rire est une de ces choses plus senties que connues. L'admirable Molière, Regnard, qui le vaut quelquefois, et les auteurs de tant de jolies petites pièces, se sont contentés d'exciter en nous ce plaisir, sans nous en rendre jamais raison, et sans dire leur secret.
J'ai cru remarquer aux spectacles qu'il ne s'élève presque jamais de ces éclats de rire universels qu'à l'occasion d'une méprise. Mercure pris pour Sosie; le chevalier Ménechme pris pour son frère; Crispin faisant son testament sous le nom du bonhomme Géronte; Valère parlant à Harpagon des beaux yeux de sa fille, tandis qu'Harpagon n'entend que les beaux yeux de sa cassette ; Pourceaugnac à qui on tàte le pouls, parce qu'on le veut faire passer pour fou ; en un mot, les méprises, les équivoques de pareille espèce, excitent un rire général. Arlequin ne fait guère rire que quand il se méprend ; et voilà pourquoi le titre de balourd lui était si bien approprié.
U y a bien d'autres genres de comique. Il y a des plaisanteries qui causent une autre sorte de plaisir; mais je n'ai jamais vu ce qui s'appelle rire de tout son cœur, soit aux spectacles, soit dans la société, que dans des cas approchants de ceux dont je viens de parler.
Il y a des caractères ridicules dont la représentation plait, sans causer ce rire immodéré de joie. Trissotin et Vadius, par exemple, semblent être de ce genre; le Joueur, le Grondeur, qui font un plaisir inexprimable, ne permettent guère le rire éclatant.
Il y a d'autres ridicules mêlés de vices dont on est charmé de voir la peinture, et qui ne causent quun plaisir sérieux. Un malhonnête homme ne fera jamais rire, parce que dans le rire il entre toujours de la gaîté, incompatible avec le mépris et l'indignation. U est vrai qu'on rit au Tartufe; mais ce n'est pas de son hypocrisie, c'est de la méprise du bonhomme qui le croit un saint; et Ihypocrisie une fois reconnue, on ne ritpkis, on sent d'autres impressions.
On pourrait aisément remonter aux sources de nos autres