‹ Extraits en prose, philosophie, histoire, littérature, mélangesChapitre 68 sur 207 · Carmen reprehendite, quod non · texte numérisé non relu

Carmen reprehendite, quod non

Multa aies et multa litura coercuit, atgue Pei'fectum decies non castigavit ad unguem.

Horat., de Arte poet., 292.

Il Blâmez sans pitié ces vers d'un poème que do longues veilles, que Ir>< r:<lures n'ont pas carrigé, que l'ongle n'a pas dix et diî fois châtié pour K- iciilie parfait. »

opus, dit Juvénal. Ce n'est pas un faible effort et un travail médiocre qui font y réussir.

L'illustre Racine joignait à un travail infini une grande connaissance de la tragédie grecque, une étude continuelle de ses beautés et de celles de leur langue et de la nôtre : il consultait de plus les juges les plus sévères, les plus éclairés, et qui lui étaient sincèrement attachés; il les écoutait avec docilité : enfin, il se faisait gloire, ainsi que Despréaux, d'être revêtu des dépouilles des Anciens; il avait formé son style sur le leur; c'est par là qu'il s'est fait un nom immortel. Ceux qui suivent une autre route n'y parviendront jamais. On peut réussir peut-être mieux que lui dans les catastrophes; on peut produire plus de terreur, approfondir davantage les sentiments, mettre de plus grands mouvements dans les intrigues; mais quiconque ne se formera pas comme lui sur les Anciens, quiconque surtout n'imitera pas la pureté de leur style et du sien, n'aura jamais de réputation dans la postérité.

On joue pendant quelques années des romans barbares, qu'on nomme tragédies; mais enfin^les yeux s'ouvrent : on a eu beau louer, protéger ces pièces, elles finissent par être, aux yeux de tous les hommes instruits, des monuments de mauvais goût.

Vos exemplaria Grêeca

Nociuvna versate manu, versate diurna.

HoRAT., de Arte poet., 268 '.

{Bissertation contre les détracteurs de V Antiquité.)

1. « Mais vous, ces modèles grecs, maniez-les, feuillotoz-los lo jour, feuilletezles la nuit. »

ART DRAM ATI OLE 233

A.NALVSE DE l'IPHIGÉME DE RACES'E. — COMÉDIE : MOLIÈRE.

Panem et circenses^ est la devise de tous les peuples. Au lieu de tuer tous les Caraïbes, il fallait peut-être les séduire par des spectacles,, par des funambules, des tours de gibecière et de la musique. On les eût aisément subjugués. Il y a des spectacles pour toutes les conditions humaines; la populace veut qu'on parle à ses yeux; et beaucoup dhommes d'un rang supérieur sont peuple. Les âmes cultivées et sensibles veulent des tragédies et des comédies.

Cet art commença en tout pays par les charrettes des Thespis, ensuite on eut ses Eschyles, et l'on se flatta bientôt d'avoir ses Sophocles et ses Euripides; après quoi tout dégénéra : c'est la marche de l'esprit humain.

Je ne parlerai point ici du théâtre des Grecs. On a fait dans l'Europe moderne plus de commentaires sur ce théâtre qu'Euripide, Sophocle, Eschyle, Ménandre et Aristophane n'ont fait d'œuvres dramatiques; je viens d'abord à la tragédie moderne.

C'est aux Italiens qu'on la doit, comme on leur doit la renaissance de tous les autres arts. Il est vrai qu'ils commencèrent dès le xiii"^ siècle, et peut-être auparavant, par des farces malheureusement tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament, indigne abus qui passa bientôt en Espagne et eu France : c'était une imitation vicieuse des essais que saint Grégoire de Nazianze avait faits en ce genre pour opposer un théâtre chrétien au théâtre païen de Sophocle et d'Euripide.

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