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Quand elle dit qu'elle aime, est sûre d'être aimée, Et que les plus beaux feux dout sou creur soit épris N'oseraient l'exposer aux hontes d'un mépris.
Charmion pouvait lui répondre : « Madame, je n'entends pas ce que c'est que les beaux feux d'une princesse qui n'oseraient l'exposer h des hontes; et à l'égard des princesses qui ne disent qu'elles aiment que quand elles sont sûres d'être aimées, je fais toujours le rôle de confidente à la comédie, et vingt princesses m'ont avoué leurs beaux feux sans être sûres de rien, et principalement l'infante du Cid. >>
Allons plus loin. César lui-même ne parle à Cléopàtre que pour montrer de l'esprit alambiqué :
Mais, ô dieux! ce moment que je vous ai quittée
D'un trouble bieu plus grand a mon âme agitée;
Et CCS soins importuns qui m'arrachaient de vous
Contre ma grandeur même allumaient mou courroux ;
Je lui voulais du mal de m'ètre si contraire,
Dei'endre ma présence ailleurs si nécessaire;
Mais je lui pardonnais, au simple souvenir
Du bonheur qu'à ma flamme elle fait obtenir;
C'est elle dont je tiens cette haute espérance
Qui flatte mes désirs d'une illustre apparence...
C'était pour acquérir un droit si précieux
Que combattait partout mon bras ambitieux;
Et dans Pharsale même il a tiré l'épée
Plus pour le conserver que pour vaincre Pompée.
(Acte IV, scène m.)
Voilà donc César qui veut du mal à sa grandeur de l'avoir éloigné un moment de Cléopàtre, mais qui pardonne à sa grandeur en se souvenant que cette grandeur lui a fait obtenir le bonheur de sa Uamnie. Il tient la haute espérance d'une illustre apparence ; et ce n'est que pour acquérir le droit précieux de cette illustre apparence que son bras ambitieux a donné la bataille de Pharsale.
On dit que cette sorte d'esprit, qui n'est, il faut le dire, que du galimatias, était aloi's l'esprit du temps. C'est cet abus intolérable que Molière proscrivit dans ses Pri^cieuses ridicules.
Ce sont ces défauts, trop fréquents dans Corneille, que
La Bruyère désigna en disant : « J'ai cru, dans ma première
jeunesse, que ces endroits étaient clairs, intelligibles pour
les acteurs, pour le parterre et l'amphithéâtre, que leurs
auteurs s'entendaient eux-mêmes, et que j'avais tort de n'y
rien comprendre. Je suis détrompé. «
{Dict. phiL]
C'est le propre de l'esprit humain d'exagérer. Les premiers écrivains agrandirent la taille des premiers hommes , leur donnèrent une vie dix fois plus longue que la nôtre, supposèrent que les corneilles vivaient trois cents ans, les cerfs neuf cents, et les nymphes trois mille années. Si Xerxès passe en Grèce, il traîne quatre millions d'hommes à sa suite. Si une nation gagne une bataille, elle a presque toujours perdu peu de guerriers, et tué une quantité prodigieuse d'ennemis. C'est peut-être en ce sens qu'il est dit dans les Psaumes : Omnis homo mendax.
Quiconque fait un récit a besoin d'être le plus scrupuleux de tous les hommes, s'il n'exagère pas un peu pour se faire écouter. C'est là ce qui a tant décrédité les voyageurs, on se défie toujours deux. Si l'un a vu un chou grand comme une maison, l'autre a vu la marmite faite pour ce chou '. Ce n'est donc qu'une longue unanimité de témoignages valides qui met à la lin le sceau de la probabilité aux récits extraordinaires.
La poésie est surtout le champ de l'exagération. Tous les poètes ont voulu attirer l'attention des hommes par des images frappantes. Si un dieu marche dans VIliade, il est au bout du monde à la troisième enjambée ^. Ce n'était pas la peine de parler des montagnes pour les laisser à leur