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ENFANCE DE RENÉ

« J'ai coûté la vie k ma mère en venant au monde; j'ai été tiré de son sein avec le fer. J'avais un frère, que mon père bénit, parce qu'il voyait en lui son fils aîné. Pour moi, livré de bonne heure à des mains étrangères, je fus élevé loin du toit paternel.

I Kl CIlATEArBRIAMt.

« Mon liiiiucur t':lail impétueuse, mon caractère inégal. Tour à tour bruyant et joyeux, silencieux et triste, je rassemblais autour de moi mes jeunes compagnons ; puis, les abandonnant tout à coup, j'allais m'asseoir à l'écart pour contempler la nue fugitive, ou entendre la pluie tomber sur le feuillage.

« Chaqtie automne, je revenais au château patprnel, situé au milioii ties forêts, jués d'un lac, dans ime province reculée*.

« Timide et contraint devant mon père, je ne trouvais Taise et le contentement qu'auprès de ma sœur Amélie. Une douce conformité d'humeur et de goût m'unissait étroitement à cette sœur; elle était un peu plus âgée (jue moi. Nous aimions à gravir les coteaux ensemble, à voguer sur le lac, à parcourir les bois à la chute des feuilles-: promenades dont le souvenir remplit encore mon âme de délices. 0 illusion de l'enfance et de la patrie, ne i»erdez-vous jamais vos douceurs?

« Tantôt nous marchions en silence, prêtant rorejUc au sourd mugissement de l'automne, ou au brui^,<|e! feuilles séchées que nous traînions tristement sous noF pas; tantôt, dans nos jeux innocents, nous poursuivions l'hirondelle dans la prairie, l'arc-en-ciel sur les colline.s jduvieuses; quelquefois aussi nous murmurions des vers que nous inspirait le spectacle de la nature. Jeune, je cultivais les Muses; il n'y a rien de plus poétique dans la fraîcheur de ses passions, qu'un cœur de seize années. Le matin de la vie est comme le matin du jour, plein de pureté, d'images et d'harmonies. »

1. Combourg, en Bretagnp, iian> le (li'-partpmpnt actuel d'Ille-et-Vilainc l.p cliâteau appartient encore a la lamilk' de CliateaubrianiJ (voir plus loin. p. 3i:i).

r.ENli. lil

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