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LES RUINES DE SPARTE

Il y avait déjà une heure que nous courions par un cliemin uni qui se dirigeait droit au sud-est, lorsqu'au, lever de l'aurore j'aperçus quelques débris et un long mur de construction antique : le cœur commence à me battre. Le janissaire se tourne vers moi, et me montrant sur la droite, avec son fouet, une cabane blanchâtre, il me crie d'un air de satisfaction : « Palaeochôri! » Je me dirigeai vers la principale ruine que je découvrais sur une hauteur. En tournant cette hauteur par le nordouest afin d'y monter, je m'arrêtai tout à coup à la vue d'une vaste enceinte, ouverte en demi-cercle, et que je

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reconnu^ pour un. théâtre. Je ne puis peindre les sentiments confus qui vinrent niassiéger. La colline au pied de laquelle je me trouvais était donc la colline de la citadelle de Sparte, puisque le théâtre était adossé à la citadelle; la ruine que je voyais sur cette colline était donc le temple de Minerve-Chalciœcos*, puisque celui-ci était dans la citadelle; les débris et le long mur que j'avais passés plus bas faisaient donc partie de la tribu des Cynosures, puisque cette tribu était au nord de la ville : Sparte était donc sous mes yeux; et son théâtre, que j'avais eu le bonheur de découvrir en arrivant, me donnait sur-le-champ les positions des quartiers et des monuments. Je rais pied à terre, et je montai en courant sur la colline de la citadelle.

Comme j'arrivais à son sommet, le soleil se levait derrière les monts Ménélaïons. Quel beau spectacle ! mais qu'il était triste! L'Eurotas coulant solitaire sous les débris du pont Babyx; des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines! Je restai immobile, dans une espèce de stupeur, à contempler cette scène. Un mélang-e d'admiration et de douleur arrêtait mes pas et ma pensée; le silence était profond autour de moi : je voulus du moins faire parler l'écho dans des lieux où la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force : Léonidas! Aucune ruine ne répéta ce grand nom, et Sparte même sembla l'avoir oublié.

Si des ruines où s'attachent des souvenirs illustres font bien voir la vanité de tout ici-bas, il faut pourtant convenir que des noms qui survivent k des empires et qui immortalisent des temps et des lieux sont quelque rhose. Après tout, ne dédaignons pas trop la gloire- : rien n'est plus beau qu'elle, si ce n'est la vertu. Le

I. Cna^oaros, maison d'airain (Note de Chateaubriand). ■-'. Chateaubriand est ici plus sincère qu'il ne l'est parfois ailleurs. Il a l'Hijours désiré passionnément la gloire.

im CHATEAUBRIANI».

comble du bonlicur serait de réunir l'une à Taulrc dans cette vie; et c'était l'objet de l'unique prière que les Spartiates adressaient aux dieux : « Ut pulchra bonis addevent* ! »

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