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Par la route d'Eleusis

2. « Personne, écrit M. Louis Bertrand (op. cit.. p. !93;, personne n'a eu comme Chateaubriand le paysage de l'Attique et du Parthénon. Les ligne;, la tonalité des plans, le protil et la couleur des marbres, les nuances mêmes de l'atmosplièro, il a tout li\é d'un coup, avec une justesse parfaite. » — Cf. aussi un délicieux petit livre. /'• Charme d'AUwnes, par M. Henri Hremoud (Sansot, 1905).

collines et au pied de l'Acropolis, Athènes se montrait à moi : ses toits aplatis, entremêlés de minarets, de cyprès, de ruines, de colonnes isolées; les dômes de ses mosquées couronnés par de gros nids de cigognes, faisaient un effet agréable aux rayons du soleil. Mais si l'on reconnaissait encore Athènes à ses débris, on voyait aussi, à l'ensemble de son architecture et au caractère général des monuments, que la ville de Minerve n'était plus habitée par son ]jeuple'.

Une enceinte de montagnes, qui se termine à la mer, forme la plaine ou le bassin d'Athènes. Du point oîi je voyais cette plaine au mont Pœcile, elle paraissait divisée en trois bandes ou régions, courant dans une direction parallèle du nord au midi. La première de ces régions, et la plus voisine de moi, était inculte et couverte de bruyères; la seconde offrait un terrain labouré, où Ion venait de faire la moisson; la troisième présentait un long bois d'oliviers qui s'étendait un peu circulairement depuis les sources de l'Ilissus, en passant au pied de l'Anchesme, jusque vers le port de Phalère. Le Céphise coule ilans cette forêt, qui, par sa vieillesse, semble descendre de l'olivier que Minerve fit sortir de la terre. L'Ilissus a son lit desséché do l'autre côté d'Athènes, entre le mont Ilymctte et la ville. La plaine n'est pas parfaitement unie : une petite chaîne de collines détachées du mont Ilymctte en surmonte le niveau, et forme les difl'érentes hauteurs sur lesquelles Athènes plaça peu à peu ses monuments.

Ce n'est pas dans le premier moment d'une émotion très vive que l'on jouit le plus de ses sentiments. Je m'avançais vers Athènes avec une espèce de plaisir qui m'ôtait le pouvoir de la rétlexion; non que j'éprouvasse

1. Son ijeuple '. le peuple île Minerve : Minerve est le nom ialiji A'Alhéné.

ITINÉRAinE DE PAI'.IS A JERUSALEM. 171

quoique chose de semblable à ce que j'avais senti à la vue de Lacédémone. Sparte et Atliènes ont conservé jusque dans leurs ruines leurs difterents caractères : celles de la première sont tristes, graves et solitaires; celles de la seconde sont riantes, légères, habitées. A l'aspect de la patrie de Lycurgue, toutes les pensées deviennent sérieuses, mâles et profondes; l'âme fortifiée semble s'élever et s'agrandir; devant la ville de Solon, on est comme enchanté par les prestiges du génie; on a l'idée de la perfection de l'homme, considéré comme un être intelligent et immortel. Les hauts sentiments de la nature humaine prenaient à Athènes quelque chose d'élégant qu'ils n'avaient point à Sparte. L'amour de la patrie et de la liberté n'était point pour les Athéniens un instinct aveugle, mais un sentiment . éclairé, fondé sur ce goût du beau dans tous les genres, que le ciel leur avait si libéralement départi : enfin, en passant des ruines de Lacédémone aux ruines d'Athènes, je sentis que j'aurais voulu mourir avec Léonidas, et vivre avec l'ériclès.

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