ANNIBAL
Annibal me parait avoir été le plus grand capitaine de lantiquité : si ce n'est pas celui que Ion aime le mieux, c'est celui qui étonne davantage. 11 n'eut ni l'héroïsme d'.Mexandre, ni les talents universels de César; mais il les surpassa l'un et l'autre comme iiomme de guerre. Ordinairement l'amour de la patrie ou de la gloire conduit les héros aux prodiges : Annibal seul est guidé par la haine. Livré à ce génie d'une nouvelle espèce, il part des extrémités de l'Espagne avec une armée composée de vingt peuples divers. Il franchit les Pyrénées et les Gaules, dompte les nations ennemies sur son passage, traverse les fleuves, arrive au pied des Alpes. Ces montagnes sans chemins, défendues par des barbare^, opposent en vain leur barrière à Annibal. Il tombe de leurs sommets glacés sur l'Italie, écrase la première armée consulaire sur les bords du Tésin, frappe un second coup à la Trébia, un troisième à Trasimènc, et du quatrième coup de ^on épée il semble immoler Home dans la plaine de Cannes. Pendant seize années il fait la guerre sans secours au sein de l'Italie; pendant seize