RUINES DE CARTHAGE
r)u sommet de iiyi'sa, l'œil embrasse les ruines de Carlliage. (|ui sont plus nombreuses (pi'on ne le pense généralement : elles ressemblent k celles de Sparte, n'ayant lien de liien conservé, mais occupant un espace «•onsidérable. .le les vis au mois de février; les figuiers, les oliviers et les caroubieis donnaient déjà leurs premières feuilles: de grandes angéliques et des acanthes formaient des touffes de verdure parmi les débris de marbre de toutes couleurs. Au loin je promenais mes regards sur l'isthme, sur une double mer, sur des îles lointaines, sur une campagne riante, sur des lacs bleuâtres, sur des montagnes azurées; je découvrais des forêts, des vaisseaux, des aqueducs, des villages maures, des ermitages mahomélans, des minarets, et les maisons blanches de Tunis. Des millions de sansonnets, réunis en bataillons et ressemblant à des nuages, volaient audessus de ma tête. Environné des plus grands et des plus touchants souvenirs, je pensais à Didon, à Sophonisbe,
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;i la noble époiiso (rAsdriibal; je contemplais le?; vastes plaines où sont ensevelies les légions d'Annibal, de Scipion et de César; mes yeux voulaient reconnaître remplacement d'Utique : hélas ! les débris des palais de Tibère existent encore à Caprée, et l'on cherche en vain à Uliqiie la place de la maison de Caton! Enfin les terribles Vandales, les légers Maures passaient four à tour devant ma mémoire, qui m'offrait pour dernier tableau saint Louis expirant sur les ruines de Carthage.
NOTICE
« J'ai avancé, dans un premier oiivrage, que la religion chrétienne me imraissait plus favorable que le paganisme au développement des caractères et au jeu des passions dans l'épopée; j'ai dit encore que le merveilleux de cette religion pouvait peut-être lutter contre le merveilleux emprunté de la nnthologie : ce sont ces opinions, plus ou moins combattues, que je cherche à appuyer par un exemple. »
Voilà le dessein des Martyrs plus nettement défini, par Chateaubriand lui-même, que personne ne le saurait faire, et quoicjue d'ailleurs le poème ou le roman, car on ne sait trop de quel nom le nommer, contienne quelques-unes des plus belles pages de notre littérature, personne, avec plus de sincérité que Chateaubriand, n'en pouvait ainsi mettre le grand défaut en lumière. On ne fait point une Iliade ou une Jérusalem « à l'appui » d'une doctrine. Quelque talent que l'on y dépense, l'esprit de système perce toujours par quelque endroit, [/opposition du « merveilleux » chrétien au « merveilleux » pa'ien, — sans compter qu'elle expose constamment le poète au soupçon de partialité, — ne se soutient pas sans un continuel artifice. Il en est lui-même d'autant plus gêné, qu'il essaie, comme Chateaubriand, de donner à son œuvre des proportions plus vastes. Et, enfin, voulant rivaliser avec Virgile ou avec Homère, s'il se prive du secours des vers, ce qui équivaut presque à ne pas « orchestrer » un poème du genre des Martyrs, c'est comme s'il avait fait la gageure d'assembler et de joindre ensemble, pour les fortifier les unes par les autres, toutes les