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I.KS M.UnVRS. lOU

raisons ilVcliouer. I.'adiiiirahle, dans co> oûnilitions. o>l i|ni:' Ips .!/'./>•/ ///'.s' soient cnroro tout ce quils sont.

On n'y iieut en oITot méconnaître un sens très vil" de l'anliijuito, le niônie (ju'nn a pour ainsi dire saisi sur le fait, et, l'oniine à sa source, dans V Itinéraire de Pari.t à Jériixalctn. I.'iniajje pst-olle d'ailleurs fidèle, et cette antiquité est-elle la vraie? C'est ce qui n'importe euère. Chacun de nous a sa manière à lui de reconstruire le Parthénon; et Rome ou la Grèce, mieuv connues de notre temps, n'ont pas été pour cela mieuv •• senties ■> par nos arcliéologees ou par nos érudits que par l'auteur iV Andrnmaqua et de Britannicus. Ainsi en est-il de celui des Marlijrg. Son antiquité est à lui; et puisqu'il n'a négligé, pour la mieuv sentir, aucun des moyens que l'érudition de son temps mettait à sa portée, nous n'avons donc, sans nous embarrasser d'inutiles chicanes, qu'à jouir do la fraicheur, ou de la grâce, ou de l'éclat de ses descriptions.

Le '< récit d'Kudore ", presque tout entier, n'est pas moins admirable dans les Martijrs. que la richesse des descriptions, pour de tout autres motifs, etipi'on |)ourrait résumer d'un mot, en disant qu'on y retrouve René (voy. ci-dessus). Avec un art incomparable, Chateaubriaml y a transposé ses impressions personnelles, ses j)ro])res souvenirs de Bretagne et d'Angleterre, d'Allemagne et d'Italie. Eudore n'exprime rien que n'ait éprouvé la jeunesse voyageuse et militaire de Chateaubriand, le visiteur des forêts d'Amérique et le soldat d(; l'armée de Condé. Créature de son désir et de s<in imagination, ou réminiscence d'un ancien et coupable amour, c'est bien Chateaubriand qui a aimé Velléda. C'est lui encore, lui toujours, qui a rêvé d'éteindre l'ardeur de ses passions dans le chaste, candide et virginal amour de Cymodocée. Il n'y a peut-être pas jusqu'à sa conversion dont on ne retrouvât l'histoire dans les hésitations, les rechutes et les repentirs d'Eudore. Et tout cela, qui est du Chateaubriand, en donnant au •< récit d'Eudore » un accent, comme nous le disions, presque aussi personnel que celui de René, suffira longtemps encore, — aussi longtemps que nous aimerons à retrouver un homme sous un auteur, — pour assurer la gloire des Martyrs.

Ajoutons en troisième lieu que cette préoccupation de soimême n'a pas empêché Chateaubriand de traduire avec force, non pas l'opposition du ■< merveilleux chrétien » au ■< merveilleux pa'ïen », mais celle du paganisme et da christianisme, ce

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ijiii ii'csl pas ilii loul la iiiriiie chose. Dans co iiioudi' |)iiït'ii ijui mourait de levées de son propre principe, sous le poids de la nature et de la volupté, ce qu'il y avait de vertus éparses, et auxquelles, pour devenir chrétiennes, il ne manquait que d r-tre éclairées ou écliauflées d'une autre flamme que celle de Torfnieil humain, nul, peut-être, depuis lui, ne la montré mieuv que lui. (^)u'est-ce à dire, sinon qu'ici encore il n'a pas tf>ul à l'ail «•chowé ■? Son ,i;<'ni<' a tri(inq)lié des obstacles qu'il avait conimc il plaisii- accumulés. Et quehiues défauts que l'on puisse relever dans les Martyrs, non seulement la gloire littéraire de Chateaubriand n'en a pas été diminuée, mais elle a vraiment grandi dans l'épreuve.

C'est aussi bien ce que l'on peut conclure <le l'iniluence (ju'a e.vercée le livre. J'ai montré dans mon Évolution de la Poésie lyrique ce (jue Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny en avaient tiré. Augustin Thierry, dans une page célèbre, fait honneur à « la bataille des Francs et des Romains • d'avoir éveillé sa vocation historique: et. en etlet. les Martyrs sont le premier livie français où il y ait de « la couleur locale ■. ^J'nest Henan. dans plusieurs endroits de ses Origines duChrislianisme, — et notamment dans son Antéchrist, — semble s'être souvenu des Martyrs. Et depuis (juatre-vingt-div ans. puisqu'ils ont jjaru en 1809, toutes les fois qu'on a voulu, en anglais, en allemand, ou en polonais, tirer du drame du christianisme naissant un récit où la fiction se mêlât à Ibistoire. on a, sans pouvoir les égaler. « recommencé ■• les Martyrs. Il \ a là de quoi contrepeser et faire oublier de plus graves défauts que les leurs.

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