‹ ExtraitsChapitre 169 sur 285 · I.'évèc[ue · texte numérisé non relu

I.'évèc[ue

paraissaient sur la route avec leurs tuniques entr'ouvertes, leur air libre, leurs regards hardis : telles elles dansaient aux fêtes de Bacchus ou d'Hyacinthe; les rudes souvenirs de Sparte, la fourberie, la cruauté, la férocité maternelle se montraient dans les yeux de la foule idolâtre. Plus loin on découvrait des vierges chastement vêtues, dignes filles d'Hélène parleur beauté, plus belles (pie leur mère par leur modestie. Elles allaient avec le l'cstc des lidèles célébrer les mystères d'un culte qui rend le cœur doux pour l'enfant, charitable ])0ur l'esclave, et inspire l'horreur de la dissimulation et du mensonge. On eût cru voir deux ])euples parmi ces frères, tant la religion peut changer les hommes \!

Lorsqu'on fut arrivé au lieu de la fête, l'évèque, tenant lÉvangile ii la main, monta sur son trône, qui s'élevait au fond du .sanctuaire, en face du peuple. Les prêtres, assis à sa droite et à sa gauche, remplirent le demicercle de l'abside. Les diacres se rangèrent debout derrière eux; la foule occupait le reste de l'église; les hommes étaient séparés des femmes, les premiers la tête découverte, les secondes la tète voilée.

Tandis que l'assemblée prenait ses rangs, un chœur chantait le psaume de l'introduction de la fête. Après ce cantique, les fidèles prièrent en silence; ensuite l'évèque prononça l'oraison des vœux réunis des fiilèles. Le lecteur monta à l'ambon, et choisit dans l'Ancien et le ^ouveau Testament les textes qui se rai)porlaient davantage à la double fêle que l'on célébrait.

L'épouie de Lasthénès annonce à Cymodocée quelle va promettre sa foi à Eudore. Cjmodocée est soutenue dans les bras des vierges qui l'environnent. Mais qui

I. Cfit la cuiitre-parlie ilu \eri céli'bre de Lucrèce ; Tanlum relligio putuit suaUere maloruinl

'^58 CHATEAUBKIANI).

peut dire où osl le nouvel époux? l'oiinpioi mai'que-1-il si peu d'empressement? Quel lieu de ce temple le dérobe aux yeux de la fdle d'Homère? On fait silence; les portes de l'ég'lise s'ouvrent, et l'on entend au dehors une voix qui disait :

« J'ai péché devant Dieu et devant les hommes. A Home, j'ai oublié ma religion, et j'ai été rejeté du sein de l'Eglise; dans les riaules,j'ai donné la mort à l'innocence : ])riez pour moi, mes frères. »

Cymodocée reconnaît la voix d'Eudorc! Le descendant de Philopœmen, revêtu d'un cilicc, la tète couverte de cendres, prosterné sur le pavé du vestibule, accomplissait sa pénitence, et se confessait publiquement. Le itrélat offre au Seigneur, en faveur du chrétien humilié, une prière de miséricorde que réjjèlenl tous les fidèles. Quel nouveau sujet d'étonnement ]»our Cymodocée! Elle e.sl conduite une seconde fois à l'autel; elle est fiancée ;i son époux, et réjjète, de la voix la plus louchante, les paroles que l'évéque récitait avant elle. Un diacre s'élail rendu auprès d'Eudore : debout à la porte de l'église, où il ne pouvait pénétrer, le pénitent prononce de son cùb' los mots qui l'engagent à Cymodocée. Échangé de l'aulel ;hi vestibule, le serment des deux époux est refiorté ilr lun à l'autre par les prêtres : on eût cru voir l'union de linnocence et du repentir. La fille de Démodocus consacre à la reine des anges une quenouille chargée d'une laine sans tache, symbole des occupations domestiques. Pendant cette cérémonie, qui faisait répandre des larmes à tous les témoins, les vierges de la nouvelle Sion chantaient le cantique de l'épouse.

LtS MAlVlYrii;. '259

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