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CAMPEMENT ARABE AU BORD DU JOURDAIN

Le jour étant trop avancé pour se mettre en marche, on s'arrête au bord du fleuve; on égorge un agneau qu'on fait rôtir tout entier; on le sert sur un plateau de bois d'aloès; chacun déchire une partie de la victime; on boit un peu de ce lait que le chameau puise dans un sable aride, et qui conserve le goût de la datte savoureuse. La nuit vient. On s'assied autour d'un bûcher. Attachés à des piquets, les chameaux forment un second cercle en dehors des descendants d'Ismaël. Le père de la tribu raconte les maux que l'on faisait souifrir aux chrétiens. A la lueur du feu, on voyait ses gestes expressifs, sa barbe noire, ses dents blanches, les diverses formes qu'il donnait à son vêlement dans l'action de son récit. Ses compagnons l'écoutaient avec une attention profonde : tous penchés en avant, le visage sur la flamme, tantôt ils poussaient un cri d admiration, tantôt ils répétaient avec emphase les paroles de leur chef; quelques têtes de chameaux s'avançaient au-dessus de la troupe, et se dessinaient dans l'ombre. Cymodocée contemplait en silence celte scène des pasteurs de l'Orient; elle admirait celle religion qui civilisait des hordes sauvages, et les portait à secourir la faiblesse et l'innocence, tandis que les faux dieux ramenaient les Romains a la barbarie, et étouffaient dans leur cœur la justice et la pitié*.

1. Cette scène d'un dessin si précis et si vigoureux, cette eau-forte d'après nature a été transportée, avec les retouches nécessaires, de \'Itinéraire dans les Martyrs. Voici la version de Vltinérairc :

li Tout ce qu'on dit de la passion des Arabes pour les contes est vrai,

VOEU DE CYMODOCEE

Neiil' jours entiers le navire est. eniporlé vers Toccidcnt avec une force irrésistible. La dixième nuit achevait son tour lorsqu'on entrevit, h la lueur des éclairs, des côtes sombres qui semblaient d'une hauteur démesurée. Le naufrage parut inévitable. Le patron du vaisseau place chaque marin à son poste, et ordonne aux passagers de se retirer au fond de la galère; ils obéissent, et ils entendent la fatale planclie .se refermer sur eux.

C'est dans ces moments que l'on ap|»rond bien à connaître les hommes. Un esclave chantait d'une voix forte; une femme pleurait en allaitant l'enfant qui bientôt n'aurait plus besoin du sein maternel; un disciple de Zenon se lamentait sur la perte de la vie. Pour Cynjodocée, elle pleurait son père et son époux, et priait avec Dorothé celui qui sait nous retrouver jusque dans les flancs des monsti'es de l'abîme.

Une violente secousse entr'ouvre la galère, un torrent d'eau se précipite dans la retraite des passagers; ils roulent pêle-mêle. Un cri étouffé sort de cet horrible chaos.

Une vague avnil cnluncé la poupe ilu navire : la tille

et je vais citer un exemple, l'endiinl l;i iidil que nous venions de passer sur la grève de la mer Morte, nos Betliléémites étaient assis autour de leur bûcher, leurs fusils couchés à terre à leurs côtés, les chevaux attachés à des piquets, formant un second cercle en dehors. Apres avoir bu le café et parlé beaucoup ensemble, ces Arabes tombèrent dans le silence, à l'exception du scheik. Je voyais à la lueur du feu ses gestes expressifs, sa barbe noire, ses dents blanches, les diverses formes qu'il donnait à son vêlement en continuant son récit. Ses compagnons l'écoutaient dans une attention profonde, tous penchés en avant, le visage sur la flamme, tantôt poussant un cri d'admiration, tantôt répétant avec emphase les gestes du conteur : quelques tètes de chevaux (|ui s'avançaient au-dessus de la troupe, et qui se dessinaient dans l'ombre, achevaient de donner à ce tableau le caractère le plus pittoresque, surtout lorsqu'on y joignait un coin du paysage de la mer >rorte et des montagnes de Judée. »

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(rHomère et Dorothé sont jetés au pied (les degrés qui conduisaient sur le pont. Ils y montent à demi suftbqués. Quel spectacle! Le vaisseau s'était échoué sur un banc de sable; k deux traits d'arc de la proue, un rocher lisse et vert s'élevait à pic au-dessus des flots. Quelques matelots, emportés par la lame, nageaient dispersés sur le goufl"re immense*; les aulres se tenaient accrochés aux cordages et aux ancres. Le pilote, une hache à la main, frappait le màt du vaisseau ; et le gouvernail, abandonne, allait tournant et battant sur lui-même avec un bruit rauque.

Restait une faible espérance : le flot, en s'engoull'rant dans le détroit, pouvait soulever la galère, et la jeter de l'autre côté du banc de sable. Mais qui oserait tenir le gouvernail dans un tel moment? Un faux mouvement du pilote pouvait donner la mort à deux cents personnes. Les mariniers, domptés par la crainte, n'insultaient j>lus les deux chrétiens; ils reconnaissaient au contraire la puissance de leur Dieu, et les sujjpliaient d'en oittenir leur délivrance. Cymodocéc, oubliant leurs outrages et ses périls, se jette à genoux, et fait un vœu à la mère du Sauveur. Dorothé saisit le timon ahandonné; les yeux tournés vers la poupe, la bouche entr'ouverte, il altend la lame (lui va rouler sur le vaisseau ou la vie ou la mort. I^a lame se lève, elle approche, elle se brise : on entend le gouvernail lourner avec effort sur ses gonds rouilles; l'écueil voisin semble changer de ]ilace, et l'on sent, avec une joie mêlée d'un doute affreux, le vaisseau soulevé et emporté rapidement. Un moment du plus terrible silence Jrègnc parmi les matelots. Tout à coup une voix demande la sonde; la sonde se précipite; on était dans une eau profonde! Un cri de joie s'élève jusqu'au ciel....

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