‹ ExtraitsChapitre 172 sur 285 · C'est une traduction du vers de Virgile · texte numérisé non relu

C'est une traduction du vers de Virgile

Apparent rari nantes in gurgite v;isto.

LES MAI'.TVI'.S. -ii',

l.c v;iiss(\ui >',i|)|H'ûclie doiicciaont île l;i rive, où s'élevait une eliapolle clirétienne aliandonnée. Un précipite an fond do la mer dos sacs remplis de pierres, attachés à un càblo do Tyr, et Tancre sacrée, dernière iTssource dans les naufrages. Parvenus à fi.xer la galère, on se hâte de l'abandonner. Comme une reine environnée d'tnic troupe de captifs qu'elle vient de délivrer de l'esclavage, Cymo- (locéc descend à terre, portée sur les épaules des mateliils. X l'instant même elle accomplit son vœu. Elle marche à la chapelle en ruines. Les matelots la suivent deux à deux, demi-nus et couverts de l'écume des flots. Soit hasard, soit dessein du ciel, il restait dans cet asile désert une image de Marie à moitié brisée. L'épouse d'Eudore y suspendit son voile, tout trempé des eaux de la mer*.

ABDICATION DE DIOCLETIEN

A l'extrémité du Champ do Mars, au pied du tombeau d'Octave, s'élevait un tribunal de gazon, surmonté dune colonne (jui portait une statue de Jupiter. C'était à ce tribunal que Dioclélien devait [laraître au lever de I aurore, pour abdiquer la jjourpro au milieu dos soldats sous les armes. Depuis le jour où Sylla se dépouilla de la dictature, jamais plus grand spectacle n'avait frappé les regards des Romains. La curiosité, la crainte, l'espoir, avaient conduit au Champ de Mars une foule immense. Toutes les passions, émues à l'approche du règne nouveau, attendaient l'issue de celte scène extraordinaire. (Juels seront les Auguste? quels seront les César? Les

1. Cette tempête est encore une « chose vue ». Chateaubriand l'a reprise par trois fois ; dans les Natchez, dans les Martyrs et dans les Mémoires d'Oulre-Toinhe. Il ne laissait pas perdre ses impressions de « vie intense ».

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courtisans dressaient au hasard des autels aux dieux inconnus; ils auraient craint de blesser, même en pensée, le pouvoir qui n'existait pas encore. Ils adoraient le néant d'oîi la servitude allait sortir; ils s'épuisaient à deviner quelle serait la passion du prince à venir, afin de se pourvoir promptement de la bassesse qui serait le j)lus en laveur sous ce rèf?ne. Tandis que les méclianls pensaient k montrer leurs vices, les bons songeaient à cacher leurs vertus. Le peuple seul, avec une indifTérence stupide, venait voir des soldats étrangers lui nommer des maîtres, aux mêmes lieux où ce peuple libre donnait jadis son suffrage pour l'élection de ses magistrats.

Dioctétien parut bientôt au tribunal. Les légions firent silence, et rEmpereui' prenant la parole :

« Soldats, mon âge m'oblige de remettre le pouvoir .souverain à Galérius, et de créer de nouveaux César. »

A ces mots, tous les yeux se tournent vers Constantin, qui venait d'arriver. Mais toutà coup Dioclétien proclame César Daia et Sévère. On demeure interdit; on se demande quel est ce Daïa, et si Constantin a changé de nom. Alors Galérius, repoussant de la main le fils de Constance, saisit Daïa par le bras, et le présente aux légions. L'Empereur se dépouille de son manteau de |)Ourpre, et le jette sur les épaules du jeune pâtre. 11 donne en même temps à Galérius son poignard, symbole de la puissance absolue sur la vie des citoyens.

Dioclétien, redevenu Dioclès, descend de son tribunal, monte sur son char, traverse Rome sans proférer un mot, sans regarder son palais, sans tourner la tête, et prenant le chemin do Salone sa patrie, il laisse l'univers entre l'admiration du règne qui finit et la terreur du règne qui commence.

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