‹ ExtraitsChapitre 193 sur 285 · JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC

Quelque chose de miraculeux dans le malheur comme dans la prospérité se mêle à l'histoire de ces temps. Une vision extraordinaire avait ôté la raison à Charles \\ ; des révélations mystérieuses arment le bras de la Pucelle ; le royaume de France est enlevé à la race de Saint Louis par une cause surnaturelle; il lui est rendu par

1. Voici PII raccoiMvi la théorie, devpnup depuis célèljre, ilii « moilele idéal >K

270 CIIATEAIBRIANI».

un prodige. On trouve dans le caractère de Jeaiiuc d Arc la naïveté de la paysanne, la faiblesse de la femme, l'ins- ))iration de la sainte, le courage de l'héroïne.

Lorsqu'elle eut conduit Charles VII à Reims et Tout fait sacrer, elle voulut retourner garder les troupeaux de son |)ère ; on la retint: elle tomba aux mains des Bourguignons, dans une sortie vigoureuse qu'elle fit à la tète de la garnison de Compiègne. Le duc de Bedford ordonna de chanter un Te Deina^ et crut que la France entière était à lui. Les Bourguignons vendirent la Pucelle aux Anglais pour une somme de 10 000 francs. Elle fut transportée à Rouen dans une cage de fer, et emprisonnée dans la grosse tour du château. Son procès commença : l'évoque de Beauvais' et un chanoine de Beauvais conduisirent la procédure. « Cette fille si simple, disent les historiens, que tout au plus savait-elle son Pater et son Ave, ne se troubla pas un instant, et fit souvent des réponses sublimes. » Condamnée à- être brûlée vive comme sorcière, la sentence fut exécutée le 30 mai 1431.

Un bûcher avait été élevé sur la place du Vieux- Marché, à Rouen, en face de deux échafauds où se tenaient des juges séculiers et ecclésiastiques, ou plutôt les assassins dans les deux lois. Jeanne était vêtue d'un habit de femme, coiffée d'une mitre, où étaient écrits ces mots : apostate, relapse^ idolâtre, hérétique. Jeanne n'avait pourtant servi que les autels de son pays. Deux dominicains la soutenaient; elle était garrottée : les Anglais avaient fait lier par leurs bourreaux ces mains que n'avaient pu enchaîner leurs soldats.

Jeanne prononça à genoux une courte prière, se recommanda à Dieu, à la pitié des assistants, et parla généreusement de son roi, qui l'oubliait. Lesjuges, le peuple.

1. Pierre Cauchon. M. Hanotaux a tracé, dans sa Jeanne d'Arc, de ce sinistre et ambitieux personnage, un portrait magistral.

ÉTUDES HISTORIQUES. m

\r boiii'i'cau. ot jusqu'à l'ovcque de Beauvais, pleuraient.

La condamnée demanda un crucifix; un Anjilais romjjit un hàlon, dont il fit une croix. Jeanne la prit comme elle put. la baisa, la pressa contre son sein, et monta sur le bûclier : Bavard voulut expirer penché sur le pommeau de son épée, qui formait une croix de fer.

Le second confesseur de la Pucelle rachetait par ses vertus l'infamie du premier; il était auprès de sa pénilente. Comme on avait voulu la donner en spectacle au peuple, le bûcher était très élevé, ce qui rendit le supplice plus douloureux et plus long. Lors(|ue Jeanne sentit que la ilanime l'allait atteindie, elle invita le frère Martin à se retirer avec un autre religieux, son assistant. La douleur arracha quelques cris à cette pauvre, jeune et glorieuse fille. Les .anglais étaient rassurés; ils n'entendaient plus cette voix que sur le champ du martyre. Le dernier mot que Jeanne prononça au milieu des flammes fut Jésus, nom (Wi consolateur des affligés et du Dieu de la patrie.

Quand on présuma que la Pucelle était expirée, on écarta les tisons ardents, afin que chacun la vît : tout était consumé, hors le cieur. (pii se trouva entier'.

I. c'est Cliateaul)rian<l i|ui a, au xix" siècle, cumnieiicé la rélialiilitatiuii lie Jeanne d'Arc. « On en était là (à la Pucelle d'Orléans de Schiller), — écrit M. llanutaux, — quand Chateaubriand prononça quelques-unes de ces grandes paroles par lesciuelles il lui arriva, plus d'une fois, d'ouvrir des voies nouvelles. » Et après avoir cité les premières lignes de la page qu'on vient de lire, M. Hanotaux ajoute : c II (Chateaubriand) parle de Voltaire avec une très haute et très saine raison. » Et il rappelle cet autre passage des [dindes liistoriijiiex : " Cette débauche de talent ne serait plus possible aujourd'hui. Voltaire serait forcé d'être Français p,ir ses sentiments comme par sa gloire, .\vant l'établissement de nos institutions, nous n'avions que des mœurs privées ; nous avons, maintenant, des mœurs publiques, et partout où celles-ci existent, les grandes insultes à la patrie ne peuvent avoir lieu ; la liberté est la sauvegarde de ces renommées nationales qui appartiennent à tous les citoyens. Au surplus, Voltaire iiistorien et philosophe est juste, autant que Voltaire, poète et impie, est inique, n (C. Hanotaux. Jeanne d'Arc, p. 4ns).

Page 1