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LOUIS XI

En tout, Louis XI était ce qu'il fallait qu'il fût pour accomplir son œuvre. Né à une époque sociale où rien n'était achevé et où tout était commencé, il eut une l'orme monstrueuse, indéfinie, toute particulière à lui, et qui tenait des deux tyrannies entre lesquelles il paraissait. Une preuve de son énergie sous cette enveloppe, c'est qu'il craignait la mort et l'enfer, et que pourtant il surmontait cette frayeur quand il s'agissait de commettre un crime. Il est vrai qu'il espérait trompei' Dieu comme les hommes : il avait des amulettes et des reliques pour toutes les sortes de forfaits. Louis XI vint en son lieu et en son temps : il y a une si grande force dans cet à-propos, que le plus vaste génie hors de sa place peut être frappé d'impuissance, et que l'esprit le plus rétréci, dans telle position donnée, peut bouleverser le monde.

PROTESTANTISME ET CATHOLICISIVIE

La communion réformée n'a jamais été aussi populaire que le culte catholique; de race princière et patricienne, elle ne sympathise pas avec la foule. Équitable et moral, le protestantisme est exact dans ses devoirs, mais sa bonté tient plus de la raison que de la tendresse; il vêtit celui qui est nu, mais il ne le réchauffe pas dans son sein; il ouvre des asiles à la misère, mais il ne vit pas et ne pleure pas avec elle dans ses réduits les plus

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alijocls; il soulage rinrorlunc. mais il n'y coiuiiatit pas. Lo moine et le curé sont les compagnons du pauvre : pauvres comme lui. ils ont pour leurs compagnons les entrailles de Jésus-Christ; les haillons, la paille, les plaies, les cachots, ne leur inspirent ni dégoût, ni répugnance : la charité en a parfumé lindigence et le malheur. Le prêtre catholique est le successeur des douze hommes du peuple qui prêchèrent Jésus-Christ ii'ssuscité ; il bénit le corps du mendiant expiré comme 1.1 dépouille sacrée d'un être aimé de Dieu et ressuscité il réternelle vie. Le pasteur iirotestant abandonne le nécessiteux sur son lit de mort; pour lui les tombeaux ne sont point une religion, car il ne croit pas à ces lieux expiatoires où les prières d'un ami vont délivrer une âme soutirante; dans ce monde, il ne se précipite point au milieu du feu, de la peste; il garde pour sa famille particulière ces soins aflectueux que le prêtre de Rome prodigue à la grande famille humaine.

Sous le rapport religieux, la Héformation conduit inson- -iblement à LinditTérence ou à l'absence complète de foi : 1.1 raison en est que rindé|iendance de l'esprit aboutit à deux abîmes : le doute ou l'incrédulité....

La Réformation, pénétrée de l'esprit de son fondatcui', moine envieux et barbare, se déclara ennemie des arts. En retranchant l'imagination des facultés de l'homme, l'Ile coupa les ailes au génie et le mit à pied. Elle éclata au sujet de quelques aumônes destinées à élever au monde chrétien la basilique de .Saint-Pierre : les Grecs auraient-ils refusé les secoui's deuiand'j> à leui- piété pour bdtir un temple à Minerve .'

Si la Réformation, à son origine, eut obtenu un plein >iii-cès. elle aurait établi, du moins pendant quelquitemps, une autre espèce de barbarie : traitant de superslition la pompe des aulels, d'idolâtrie les chefs-d'œuvre dr la sculpture, de l'architecture et de la peinture, elle

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tendait à faire disparaître la haute éloquence et la grande poésie, à détériorer le goût par la répudiation des modèles, à introduire quelque chose de sec, de froid, de pointilleux, dans l'esprit, à substituer une société guindée et toute matérielle à une société aisée et tout intellectuelle, à mettre les machines et le mouvement d'une roue en place des mains et d'une opération mentale. Ces A-érités se confirment par l'observation d'un fait.

Dans les diverses branches de la religion réformée, cette communion s'est plus ou moins rapprochée du beau, selon qu'elle s'est plus ou moins éloignée de la religion catholique. En Angleterre, où la hiérarchie ecclésiastique s'est maintenue, les lettres ont eu leur siècle classique. Le luthérianisme conserve des étincelles d'imagination que cherche à éteindre le calvinisme, et ainsi de suite en descendant jusqu'au quaker, qui voudrait réduiie la vie sociale à la grossièreté des manières et à la pratique des métiers....

... .\u surplus, la |ilu]inil de ces léllexions sur la religion réformée ne se doivent appUipier qu'au passé : aujourd'hui les protestants, pas plus que les catholiques, ne sont ce qu'ils ont été; les premiers ont gagné en imagination, en poésie, en éloquence, en raison, en liberté, en vraie jjiété. ce que les seconds ont perdu. Les antipathies entre les diverses communions n'existent plus; les enfants du Christ, dequehjue lignée qu'ils jtrovienncnt, se sont resserrés au pied du Calvaire, souche commune de la famille. Les désordres ot l'ambition de la cour romaine ont cessé; il n'est plus resté au \atican que la vertu des premiers évéques, la protection des arts et la majesté des souvenirs. Tout tend à recomposer l'unité catholique; avec quelques concessions de part et d'autre, l'accord serait bientôt fait. Je répéterai ce que j'ai déjà dit dans cet ouvrage : pour jeter un nouvel éclat, le Christianisme n'jjittcnd qu'un génie supéiicui'

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venu h son licurc et dans sa place. La religion chrétienne entre dans une ère nouvelle; con)me les institiilions et les mœurs, elle subit la troisième transtbrniation ; elle cesse d'être politique; elle devient philosophique sans cesser d'être divine; son cercle flexible s'étend avec les lumières et les libertés, tandis que la croix marque à jamais son centre immobile.

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