PETIT MONDE D'AUTREFOIS
Ma grand'mèrc occupait, dans la rue du Ilameau-del'Abbaye*, une maison dont les jardins descendaient en terrasse sur un vallon au fond duquel on trouvait une fontaine entourée de saules. Madame de Bedée ne marchait plus ; mais, à cela près, elle n'avait aucun des inconvénients de son âge : c'était une agréable vieille, grasse, blanche, propre, l'air grand, les manières belles et nobles, portant des robes à plis à l'antique et une coilTe noire de dentelle, nouée sous le menton. Elle avait l'esprit orné, la conversation grave, l'humeur sérieuse. Elle était soignée par sa sœur, mademoiselle de Boistcilleul. qui ne lui ressemblait que ]jar la bonté. Celle-ci était une petite personne maigre, enjouée, causeuse, railleuse. Elle avait aimé un comte de Trémigon, lequel comte, ayant dû l'épouser, avait ensuite violé sa promesse. Ma tante s'était consolée en célébrant ses amours, car elle était poète. Je me souviens de l'avoir souvent entendue chantonner en nasillant, lunettes sur