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Dans le petit village breton de Plancoët

LES « MÉMOIRES D'OUTRE-TOMBE ». "Oi

If nez, tandis qu'elle brodait pour sa sœur des manclietles à deux rangs, un apologue qui commençait ainsi :

Un épervier aimait une fauvette Et, ce dit-on. il en était aimé :

ce qui m'a paru toujours singulier pour un épervier. La chanson finissait par ce relVaui :

.\li 1 Trémigon, la fable est-elle obscure! Ture iure.

Que de choses dans le monde finissent comme les amours de ma tante, ture Iure* !

Ma grand'mère se reposait sur sa .sœur des soins de la maison. Elle dînait à onze heures du matin, faisait la sieste ; à une heure elle se réveillait ; on la portait au bas des terrasses du jardin, sous les saules de la fontaine, où elle tricotait, entourée de sa sœur, de ses enfants et petits-enfants. En ce temps-là, la vieillesse était une dignité ; aujourd'hui elle est une charge. A quatre heures, on reportait ma grand'mère dans son salon : Pierre, le domestique, mettait une table de jeu ; mademoiselle de Boisteilleul frappait avec les pincettes contre la plaque de la cheminée, et quelques instants après, on voyait entrer trois autres vieilles filles qui sortaient de la maison voi.sine à l'appel de ma tante. Ces trois sœurs se nommaient les demoiselles Vildéneux ; filles d'un pauvre gentilhomme, au lieu de partager son mince héritage, elles en avaient joui en commun, ne s'étaient jamais quittées, n'étaient jamais .sorties de leur village paternel. Liées depuis leur enfance avec ma grand'mère, elles logeaient à sa porte et venaient tous les jours, au signal convenu dans la cheminée.

1. Et voilà ce pauvre refrain à jamai= immnrtpl. — cnmmp la chanson du roi Henri, dans le Misanthrope'.

faire la partie tle quadrille de leur auiie. Le jeu commençait ; les bonnes dames se querellaient : c'était le seul événement de leur vie, le seul moment où l'égalité de leur humeur fût altérée. A huit heures, le souper ramenait la sérénité. Souvent mon oncle de Bedée, avec son fils et ses trois filles assistait au souper de l'aïeule. Celle-ci faisait mille récits du vieux temps ; mon oncle, à son tour, racontait la bataille de Fontenoy, où il s'était trouvé, et couronnait ses vanteries par des histoires un peu franches qui faisait pâmer de rire les honnêtes demoiselles. A neuf heures, le souper fini, les domestiques entraient ; on se mettait à genoux, et mademoiselle (le Boisteilleul disait à haute voix la prière. A dix heures, tout dormait dans la maison, excepté ma grand'mère, (|ui se faisait faire la lecture par sa femme de chambre jusqu'à une heure du malin.

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