Qui a la forme d'un trèfle
3. Cette profondeur des embrasures est l'une des choses qui fr.ippent on effet le plus les visiteurs du château de Combourg.
LES « MÉMOIHES DOITKE-TOMBE ». ôlT
Un souper * servi dans la salle des Gardes, et où je mangeai sans contrainte, termina pour moi la première journée heureuse de ma vie. Le vrai bonheur coùlc jicu; s'il est cher, il n'est pas d'une bonne espèce.
A peine l'us-je réveillé le lendemain que j'allai visiter les dehors du château, et célébrer mon avènement à la solitude. Le perron faisait face au nord-ouest. Quand on était assis sur le diazome de ce perron, on avait devant soi la Cour Verte, et au delà de cette cour, un potager étendu entre deux futaies : l'une, à droite (le quinconce par lequel nous étions arrivés), s'ap])elait le petit Mail: l'autre, à gauche, le grand Mail : celle-ci était un bois de chênes, de hêtres, de sycomores, d'ormes et de châlaigniei's. Mme de Sévigné vantait de son temps ces vieux ombrages; depuis cette époque, cent quarante années avaient été ajoutées à leur beauté.
Du côté opposé, au miili et à l'est, le paysage offrait un tout autre tableau : par les fenêtres de la grande salle, on apercevait les maisons de Combourg, un étang.
1. Voici l;i version priniilive île cette page, li'aprés le texte publié |i.ir M. Marcel Duchemin dans la Revue d'histoire littéraire de la France de janvier-mars 1907 :
« Un large et bon souper servi dans la grande salle où je mangeai sans frayeur et sans contrainte termine pour moi la première journée heureuse de ma vie : c'était le bonheur à peu de frais.
<' A peine fus-je éveillé le lendemain que j'allai visiter les dehors du château, et prendre possession de la solitude. Le perron faisait face au nord ; quand on était assis sur le perron, on avait devant soi la Cour Verte, au delà de cette cour un immense et long potager, étendu entre deux futaies; l'une à droite s'appelait le petit mail (et c'était celle qui rejoignait le chemin de Dol); l'autre à gauche était connue sous le nom de grand mail ; celle-ci, où j'ai passé ma première jeunesse, était un grand bois de chênes, de hêtres, d'ormes et de châtaigniers. Mme de Sévigné vantait en 16... ces vieux ombrages.... Depuis cette époque 140annéesavaient été ajoutées à leur beauté.
« Du côté opposé, c'est-à-dire du côté du midi, le paysage offrait un tout autre tableau. Par les fenêtres de la grande salle, on apercevait le haut cloclicr de la paroisse et les maisons confuses de Combourg, ensuite un étang
la chaussée de cet étang sur laquelle passait le grand chemin de Rennes, un moulin à eau, une prairie couverle de troupeaux de vaches et séparée de l'étang par la chaussée. Au bord de cette prairie s'allongeait un hameau dépendant d'un prieuré fondé en 1149 par Hivallon, seigneur de Combourg, et où l'on voyait sa >tatue mortuaire couchée sur le dos en armure de chevalier. Depuis l'étang, le terrain, s'élevant par degrés, formait un amphithéâtre d'arbi'cs, d'où sortaient des campaniles de villages et des tourelles de gentilhommières. Sur un dernier plan de l'horizon, entre l'occident et le midi, se profilaient les hauteurs de Bécherel. Une terrasse bordée de grands buis taillés circulait au pied du château de ce côté, jjassait derrière les écuries et allait, à diverses reprises, rejoindre le jardin des bains (jiii communiquait au grand Mail.
Si, d'après cette trop longue description, un |icinlrc pi-enait son crayon, produirait-il une esquisse ressemblant au château? Je ne le crois pas, et cependant ma mémoire voit l'objet comme s'il était sous mes yeux ; telle est dans les choses matérielles l'impuissance de la parole et la puissance du souvenir*! En commençant à parler de Combourg, je chante les premiers couplets
aussi grand qu"iin lac, la chaussée de cet étang, sur laquelle passait le grand chemin de Rennes, un moulin, une prairie couverte de troupeaux, séparée de l'élang par la chaussée, et le long de cette prairie, un joli hameau dépendant d'une abbaye. Depuis l'étang, le terrain s'élevant par degrés, formait un amphithéâtre de forêts d"oii sortaient des clochers de village, et les tourelles de quelques gentilhommeries. Sur un dernier plan de l'horizon, entre le couchant et le midi, les hauteurs de Bécherel se profilaient comme une petite montagne isolée. Une terrasse bordait le pied du château de ce côté, passait en tournant derrière les écuries et allait rejoindre le jardin des bains qui communiquait à la grande futaie. »
1. Chateaubriand semble avoir eu une étonnante mémoire, et surtout peut-être, ainsi qu'il convient à un grand descriptif, une étonnante mémoire des lieux.