A LONDRES. — AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI
<Juand je rentre, en 1822, au lieu d'être reçu par mon ;imi, tremblotant de froid, qui m'ouvre la porte de noti'c grenier en me tutoyant, qui se couche sur son grabat auprès du mien, en se recouvrant de son mince habit et ayant pour lampe le clair de lune, je passe à la lueur des flambeaux entre deux fdes de laquais, qui vont aboutir à cinq ou six respectueux secrétaires. J'arrive, tout criblé sui' ma route des mots : Monseigneur^ Milurd. l'otre Excellence^ Monsieur l' ambassadeur^ à un salon tapissé d'or et de soie.
— Je vous en supplie, messieurs, laissez-moi I Trêve de ces Milordsl Que voulez-vous que je fasse de vous? Allez rire à la chancellerie, comme si je n'étais pas là. Prétendez-vous me faire prendre au sérieux cette mascarade? Pensez-vous que je sois assez bête pour me croire changé de nature parce que j'ai changé d'habit? le marquis de Londonderry va venir, dites-vous; le duc (le Wellington m'a demandé; M. Canning me cherche;
.■'28 CllATEAllJKlANI).
lady Jersey m'atlend à dîner, avec M. Brougham; lady (iwydir m'espère, à dix heures, dans sa loge à l'Opéra; lady Mansfield, à minuit, à Almacks.
Miséricorde! oi^i me fourrer? qui me délivrera? qui m'arrachera à ces persécutions? Revenez, beaux jours de ma misère et de ma solitude ! Ressuscitez, compagnon de mon exil ! Allons, mes vieux camarades du lit de camp et de la couche de paille, allons dans la campagne, dans le petit jardin d'une taverne dédaignée, hoire sur un banc de bois une tasse de mauvais thé, en jiarlant de nos folles espérances et de notre ingrate jjatrie, en devisant de nos chagrins, en cherchant le moyen de nous assister les uns les autres, de secourir un de nos parents encore plus nécessiteux que nous.