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REAPPARITION DE PELTIER

Lhomnie aux ressources, Pellier, me déterra, ou plutôt me dénicha dans mon aire. Il avait lu dans un journal de Yarmouth qu'une société d'antiquaires s'allait occuper d'une histoire du comté de SufTolk, et qu'on demandait un Français capable de déchiffrer des manuscrits français du xir siècle, de la collection de Camden*. Le parso7i, ou ministre, de Beccles, était à la tête de l'entreprise ; c'était à lui qu'il se fallait adresser. « Voilà votre affaire, me dit Peltier, partez, vous déchiffrerez ces vieilles paperasses; vous continuerez à envoyer de la copie de ï Essai à Baylie; je forcerai ce pleutre à reprendre son impression; vous reviendrez à Londres avec deux cents guinées, votre ouvrage fait, et vogue la galère! »

Je voulus balbutier quelques objections. « Eh! que diable, s'écria mon homme, comptez-vous rester dans ce palais où j'ai déjà un froid horrible? Si Rivarol, Champcenetz, Mirabeau-Tonneau - et moi avions eu la bouche en cœur, nous aurions fait de belle besogne dans les Actes des Apôtresl Savez-vous que cette histoire de Hingant fait un boucan d'enfer? Vous vouliez donc vous laisser mourir de faim tous deux? Ah! ah! ah! pouf!... Ah! ah!... » Peltier, plié en deux, se tenait les genoux à force de rire. Il venait de placer cent exemplaires de son journal aux colonies; il en avait reçu le paiement et faisait sonner ses guinées dans sa poche. Il m'emmena de force, avec

1. Peut-être Chateaubriand est^il bien allé à Beccles déchiffrer les manuscrits en question. Mais plus sûrement encore, — M. Anatole Le Braz dans son livre Au pays d'exil de Chateaubriand (Champion, 1909), l'a bien prouvé, — il y a donné des leçons de français.

2. Rivarol, Champcenetz et Mirabeau-Tonneau étaient les principaux rédacteurs du journal royaliste, les Actes des Apôtres.

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La Bouëtardais * apoplectique, et deux émigrés en guenilles qui se trouvèrent sous sa main, dîner à London- Tavera. Il nous fit boire du vin de Porto, manger du roatsbeef et du plum-pudding à en crever. « Comment. M. le comte, disait-il à mon cousin, avez-vous ainsi la gueule de travers? » La Bouëtardais, moitié choqué, moitié content, expliquait la chose de son mieux; il racontait qu'il avait été tout à coup saisi en chantant ces deux mots : 0 bella Venerel Mon pauvre paralysé avait un air si mort, si transi, si râpé, en barbouillant sa helhi l'enere, que Peltier se renversa d'un fou rire et pensa culbuter la table, en la frappant en dessous de ses deux pieds.

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