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SUR MON CARACTERE

En aucun temps, il ne m'a été possible de surmonter cet esprit de retenue et de solitude intérieure qui n'empêche de causer de ce qui me touche. Personne ne saurait affirmer sans mentir que j'aie raconté ce que la plupart des gens racontent dans un moment de peine, de plaisir ou de vanité. Un nom, une confession de quelque gravité, ne sort point ou ne sort que rarement de ma bouche. Je n'entretiens jamais les passants de mes intérêts, de mes desseins, de mes travaux, de mes idées, de mes attachements, de mes joies, de mes chagrins, persuadé de l'ennui profond que l'on cause aux autres en leur parlant de soi*. Sincère et véridique. je manque

1. Cousin de Chateaubriand, que celui-ci avait recueilli, et qui, une nuit, en fredonnant VHymne à Vénus de Métastase, « fut frappé d'un vent coulis; la bouche lui tourna, ajoute Chateaubriand, et il en mourut, mais pas tout de suite, car je lui frottai cordialement la joue ».

2. Dans la vie réelle, il est possible, mais comme Chateaubriand le lai=sera entendre plus loin, il s'est rattrapé dans les Mémoires.

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d'oLiverlure de cœur : mon ànie tend inccssamnionl h se fermer; je ne dis point une chose entière, et je n'ai laissé passer ma vie complète que dans ces Mémoires. Si j'essaie de commencer un récit, soudain l'idée de sa longueur m'épouvante; au bout de quatre paroles, le son de ma voix me devient insupportable, et je me tais. Gomme je ne crois à rien, excepté en religion, je me défie de tout : la malveillance et le dénigrement sont les deux caractères de l'esprit français; la moquerie et la calomnie, le résultat certain d'une confidence.

Mais qu'ai-je gagné à ma nature réservée? D'être devenu, parce que j'étais impénétrable, un je ne sais quoi de fantaisie qui n'a aucun rapport avec ma réalité. Mes amis mêmes se trompent sur moi, en croyant me faire mieux connaître et en m'embellissant des illusions de leur attachement. Toutes les médiocrités d'antichambre, de bureaux, de gazettes, de cafés, m'ont supposé de l'ambition, et je n'en ai aucune *. Froid et sec en matière usuelle, je n'ai rien de l'enthousiaste et du sentimental : ma perception distincte et rapide traverse vite le fait et

I homme, et les dépouille de toute importance. Loin de mentraîner, d'idéaliser les vérités applicables, mon imagination ravale les plus hauts événements, me déjoue moi-même : le côté petit et ridicule des objets m'apparaît tout d'abord : de grands génies et de grandes choses, il n'en existe guère à mes yeux. Poli, laudalif, admiratif pour les suffisances qui se proclament intelligences supél'ieures, mon mépris caché rit et place, sur tous ces visages enfumés d'encens, des masques de Callot. En politique, la chaleur de mes opinions n'a jamais excédé la longueur de mon discours ou de ma brochure-. Dans

1. Aucune ambition, c'est beaucoup dire ; ce qui est vrai, c'est que Chateaubriand n'a jamais eu l'ambition tenace et continue.

2. 11 se vante, — ou plutôt il se calomnie, avec une singulière maladresse,

II aurait dû se douter que Sainte-Beuve écoutait aux portes.

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