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LA JEUNESSE

La jeunesse est une chose charmante ; elle part au commencement de la vie couronnée de fleurs, comme la flotte athénienne pour aller conquérir la Sicile, et les délicieuses campagnes d'Enna. La jtrière est dite h haute voix par le prêtre de Neptune: les libations sont faites avec des coupes d'or: la foule, bordant la mer. unit ses invocalions à celle du pilote: le paean est chanté, tandis que la voile se déploie aux rayons e! au souffle de l'aurore. Alcibiade, vêtu de pourpre et beau comme l'Amour, se fait remarquer sur les trirèmes, fier des sept chars qu'il a lancés dans la carrière d'Olympio. Mais à peine Fîle d'Alcinoùs est-elle passée, l'illusion s'évanouit : Alcibiade banni va vieillir loin de sa patrie et mourir percé de flèches sur le sein de Timandra. Les compagnons de ses premières espérances, esclaves à Syracuse, n'ont pour alléger le poids de leurs chaînes que quelques vers d'Euripide.

Vous avez vu ma jeunesse quitter le rivage; elle n'avait pas la beauté du pupille de Périclès, élevé sur les genoux d'Aspasie: mais elle en avait les heures matineuses : et des désirs et des songes, Dieu sait ! Je vous les ai peints, ces songes : aujourd'hui retournant à la terre après maint exil, je n'ai plus à vous raconter que des vérités tristes comme mon âge. Si jiarfois je fais encore entendre les accords de la lyre, ce sont les dernières harmonies du poète qui cherche à se guérir de la blessure des flèches du temps, ou à se consoler de la servitude des années.

LES « MEMOIRES D'OUTRE-ÏOMliE ».

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