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CHASSE DE L'OURS

La chasse de l'ours est la chasse la plus renom uiéc chez les Sauvages. Elle conunence par de longs jeûnes, des purgations sacrées et des festins; elle a lieu en hiver. Les chasseurs suivent des chemins aflVeux, le long des lacs, entre des montagnes dont les précipices sont cachés dans la neige. Dans les défilés dangereux, ils offrent le sacrifice réputé le plus puissant auprès du génie <lu désert : ils suspendent un chien vivant aux branches d'un arbre, et l'y laissent mourir enragé. Des huttes élevées chaque soir à la hâte ne donnent qu'un mauvais abri : on y est glacé d'un côté et brûlé de l'autre; pour se défendre contre la fumée, on n'a d'autre ressource

VOYAGE EN AMEHIQI E. 'J."

«jue (le se coiiclier .sur le ventre, le visage enseveli d.ins des peaux. Les chiens affamés hurlent, passent cl repassent sur le corps de leurs maîtres : lorsque ceux-ci croient aller prendre un chélif repas, le dogue, plus alerte, rengloutil.

Après des latigues inouïes, on arrive à des plaines rouvertes de forèls de pins, retraite des ours. Les fatigues et les périls sont ouhliés, Taction connnence.

Les chasseurs se divisent, et embrassent, en se plaçanl à ([uelque distance les uns des autres, un grand espace 4'irculairc. Rendus aux différents points du cercle, ils marchent, à Lheure fixée, sur un rayon qui tend au centre, examinant avec soin sur ce ra^on les vieux arbres <iui recèlent les ours : l'animal se trahit par la marque <[ue son haleine laisse dans la neige.

Aussitôt que Tlndicn a découvert les traces qu'il cherche, il appelle ses compagnons, grimpe sur le pin, et, à <lix ou douze pieds de terre, trouve l'ouverture par laquelle le solitaire s'est retiré dans sa cellule : si l'ours est endormi, on lui fend la tête; deux autres chasseurs, montant à leur tour sur rarbre,ljaident le premier à retirer le mort de sa niche, et à le j)récipiter.

Le guerrier explorateur et vainqueur se hâte alors de descendre : il allume sa pipe, la met dans la gueule de Tours, et, souftlanl dans le fourneau du calumet, remplit de fumée le gosier du quadrupède. 11 adresse ensuite <les paroles à l'âme du trépassé; il le prie de lui pardonner sa mort, de ne point lui être contraire dans les chasses qu'il pourrait entreprendre. Après cette harangue, il coupe le filet de la langue de l'ours, pour le brûler au village, afin de découvrir, par la manière dont il pétillern dans la flamme, si l'esprit de l'ours est ou n'est pas apaisé.

L'ours n'est pas toujours enfermé dans le tronc d'im pin, il habite souvent une tanière dont il a bouché l'en-

trée. (Jet ermite est quelquefois si replet, qu'il peut à peine marcher, quoiqu'il ait vrcu une partie de Tliiver sans nourriture.

Les guerriers, partis des difTérents points du cercle, el dirigés vers le centre, s'y rencontrent enfin, apportant, traînant ou chassant leur proie : on voit quelquefois arriver ainsi de jeimes Sauvages qui poussent devant eu.x, avec une baguette, un gros ours trottant pesamment sur la neige. Quand ils sont las de ce jeu, ils enfoncent un couteau dans le cœur du pauvre animal.

La chasse de l'ours, comme toutes les autres chasses, finit par un repas sacré. L'usage est de faire rôtir un ours tout entier, et de le servir aux convives, assis en rond sur la neige, à l'abri des pins, dont les branches élagées sont aussi couvertes de neige. La tête de la victime, peinte de rouge et de bleu, est e.xposée au haut dun poteau. Des orateurs lui adressent la parole; ils prodiguent les louanges au mort, tandis qu'ils dévorent ses membres. « Comme tu montais au haut des arbres! « quelle force dans tes étreintes! quelle constance dans « tes entreprises! quelle sobriété dans tes jeûnes! Main- « tenant tu n'es plus; mais ta dépouille fait encore les « délices de ceu.x qui la possèdent. »

On voit souvent assis péle-mèle avec les Sauvages, à ces festins, des dogues, des ours et des loutres apprivoisés.

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