L'IDEE CHRETIENNE EST L'AVENIR DU MONDE
En délinilive. mes investigations m'amènent à ('onclure que l'ancienne société s enfonce sous elle, qu'il est impossible à quiconque n'est pas cbrétien de comprendi'e la société future poursuivant son cours et satisfaisant ii la lois ou l'idée purement républicaine ou l'idée monarchique modifiée. Dans toutes les hypothèses, les améliorations que vous désirez, vous ne les pouvez tirer que de l'Évangile.
1. Cf. Sainte-Beuve, Lamennais, l'orlmils contemporains, t. 1, |). 'jej ; « Rien n'est pire, sachez-le bien, que Je provoquer à la /biles âmes et de les laisser à l'improviste en délogeant. Rien ne les jette autant dans ce scepticisme qui vous est encore si en horreur, quoique vous n'avez plus que du vague à y opposer. Combien j'ai su d'àmes espérantes que vous teniez et portiez avec vous dans votre besace de pèlerin, et qui, le >ac jeté à terre, sont demeurées gisantes le long des fossés! L'opinion et le bruit llatteur, et de nouvelles âmes plus fraîches comme il s'en preml toujours au génie, font beaucoup oublier sans doute et consolent ; mais je vous dénonce cet oubli, dût mon cri paraître une plainte I »
2. On serait curieux de savoir ce que Lamennais a pensé de cette admiralile jtago quand, après l.i mort de Ch.nlonubri.-iud, il a pu In lire dans les colonnes de la Pvesse.
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Ail l'uiiil lies i-oiubiiiaisuiis des .--('cluiiTs ;ic(ucl>. c csl toujours le plagiai, la parodie de l'Evaniiile, toujours le piinci|ie apostolique qu'on l'etrouve; ce principe est tel- Icnienl entré en nous, ipir nous en usons comme nous appartenant: nous nous !(■ pi'ésumons naturel, quoiqu'il ne nous le soit i)as; il noue est venu de noire ancienne foi. ;i prendre celle-ci h deux ou Irois degrés d'ascenilancc au-dessus de nous Tri ('>prit indépendant qui s'occupe du perreclionnenienl d(> ses semblables n'y aurait jamais pensé si le droit dc^s peuples n'avait été posé par le Fils de rilomme. Tout acte de philanlhropic aïKiuel nous nous livrons, tout système que nous rêvons dans l'intérêt de riiumanité. n'est que l'idée chrétienne retournée, changée de nom et trop souvent défigurée : c'est toujours le verbe qui se fait chair!
Voulez-vous que l'idée chrétienne ne soit que l'idée iiumaine en progression? J'y consens; mais ouvrez les diverses cosniogonies, vous apprendrez qu'un christianisme traditionnel a devancé sur la terre le christianisme révélé*. Si le Messie a était pas venu et quil n'eût point parlée comme il le dit de lui-même, l'idée n'aurait pas ('té dégagée, les vérités seraient restées confuses, telles ([u'on les entrevoit dans les écrits des anciens. C'est donc, de quelque façon que vous l'interprétiez, du révélateur ou du Christ que vous tenez tout; c'est du Sauveur, Salvator, du Consolateur. Paracletus, (ju'il vous l'aul toujours partir; c'est de lui que vous avez reçu les germes de la civilisation et de la philosophie.
Vous voyez donc que je ne trouve de solution ,i l'avenir que dans le christianisme et le christianisme catholique; la religion du Verbe est la manifestation de la vérité, coniine la création est la visibilité de Dieu. Je ne prélends pas qu'une rénovation générale ait absolument
1. C.li.ite.'ÉiiliriaiKl semble reprendre ici des idées de Jose|ili de M.ii>lre.
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lirli. CM- j ;\(|liirl> (|(|c des |i('ll|il("> cnlinv^. xiicnl \OLIt'> ;i l;i ili'>lructi(in ; j.'kIiiu'Is ;iii>si (juc l;i lui se dc.>.sL'rli«; en cciliiins pays : mais si) en iv>|c im seul' grain, s'il lonibc suf un peu de terre, ne lul-cc (|ue dans les débris d'un vase, ce grain lèvera, et une seconde incarnalion de Tespril catholique ranimei'a la socicir.
Le dirislianisnie est rapiiréciation la |ilii-^ pliilusopliique el la plus ralionnelle de Dieu et de la i i(''ation; il renfeinif les Irois grandes lois de iiiniv('r-~. la loi ilivine. la loi iiHnali'. la loi politi(iui' : la loi ilivijic. iniilc de Dieu en Irois jiersonnes; la loi morale, charité: la loi poliliijue. c'esl-à-diiT, liberté, égalité, fraternité.
Les deux premiers principes sont développés; le tr-oisième. la loi politique, n'a point l'eçu ses cou)pléments, [tarce qu'il ne pouvait tleui'ir tandis que la croyance intelligente de l'être intini cl la morale universelle n'étaient jioint solidement établies. Or, le christianisuu^ eut d'abord à déblayer les absurdités et les abominations dont ridùlatiie et l'esclavage avaient encombré le genre humain.
r)es personnes éclairée-, ne cumprennenl pas (ju'un catliolique tel (|ue moi s'entèle à s'asseoir k l'ombre de ce (|u"elles appellent des ruines; selon ces personnes, c'est une gageure, un parti pris. Mais dites-le moi, jiar pitié, où trouverai-je une l'amille et un Dieu dans la société individuelle et philosopliiquc que vous me jnoposez? Dites-le moi et je vous suis; sinon, ne tiouvez pas mauvais que je me couche dans la tombe du Christ, seul abri que vous m'avez laissé en m'abandonnant.
Non, je n'ai point fait une gageure avec moi-même ; je suis sincère; voici ce qui m'est arrivé : de mes projets, de mes études, de mes expériences, il ne m'est resté qu'un détromper complet de toutes les choses (|ue poursuit le monde. Ma conviction religieuse, en £ri"andissanl. a di'voi'é mes aulres conviciions; il n"e>l
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iri-|i;i> chi-iMien plus croyanl l'I huiiiinc plu- incj'cduli' ipio moi. Loin d'èlrL; a s^un Icriiir. la rf-ligion du l.ibéra- \o]\v ontro à peine dans sa troisième période, la période politique, liberté, égalité^ fraternité. L'Evangile, sentence d'acquittement, n'a pas été lu encore à tous: nous en sommes encore aux malédiclions prononcées par le Chrisl : « Malheui' à vous qui char.LiOZ les hommes do fardeaux ipiils ne sauraient jiorter. el rpii ne voudriez pas les avoir touchés du bout du doigt! »
].f christianisme, stable dans ses dogmes, est mobile (lniis sc> lu luières: sa transformation envelopjie la transtbrniation universelle. Quand il aura atteint son plus liant point, les ténèbres achèveront de s'éclaircir: la liberté, crucifiée sur le Calvaire avec le Messie, en descendra avec lui: elle remettra aux nations ce nouveau testament écrit en leur faveur et jusqu'ici entravé dans ses clauses. Les gouvernements passeront, le mal moral disparaîtra, la réhabilitation annoncera la consommation des siècles de mort et d'oppression nés de la chute.
Quand viendra ce jour désiré? Quand la société se recomposera-t-elle d'après les moyens secrets du principe générateur? Nul ne le peut dire: on ne saurait calculer les résistances des passions.
Plus d'une fois la mort engourdira des races, versera le silence sur les événements comme la neige tombée liendanl la nuit fait cesser le bruit des chars. Les nations ne croissent pas aussi rapidement que les individus dont elles sont composées et ne disparaissent pas aussi vite. (Jue de temps ne faut-il point pour arriver à une seule chose cherchée! L'agonie du Bas-Empire pensa ne pas tinir: Tère chrétienne, déjà si étendue. n"a pas suffi à l'abolition de la servitude. Ces calculs, je le sais, ne vont pas au tempérament français: dans nos révolutions nous n'avons jamais admis l'élénienl du temps : c'est pourquoi nous sommes toujours ébahis des résultats c.iivTFM'nr.iwi). 26
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contraires à nos impatiences. Pleins d'un généreux courage, des jeunes gens se précipitent; ils s'avancent tète baissée vers une haute région (|u'ils entrevoient et qu'ils s'efibrcent d'atteindre : rien de plus digne d'admiration; mais ils useront leur vie dans ces efforts, et arrivés au terme, de mécompte en mécompte, ils consigneront le poids des années déçues k d'autres générations abusées qui le porteront jusqu'aux tombeaux voisins; ainsi de suite. Le temps du désert est revenu; le christianisme recommence dans la stérilité de la Thébaïde, au milieu d'une idolâtrie l'edoutahle, l'idolâtrie de l'homme envers .soi.
Il y a deux conséquences dans l'histoire, l'une immédiate et qui est à l'instant connue, l'autre éloignée et qu'on n'aperçoit pas d'abord. Ces conséquences souvent se contredisent; les unes viennent de notre courte sagesse, les autres de la sagesse perdurable. L'événement providentiel apparaît après l'événement humain. Dieu se lève derrière les hommes. Niez tant qu'il vous plaira le suprême conseil, ne consentez pas à son action, disputez sur les mots, appelez force des choses ou raison ce que le vulgaire appelle Providence, regardez k la fin d'un fait accompli, et vous verrez qu'il a toujours produit le contraire de ce qu'on en attendait, quand il n'a point été établi d'abord sur la morale et sur la justice.
Si le ciel n'a pas prononcé son dernier arrêt; si un avenir doit être un avenir puissant et libre, cet avenir est loin encore, loin au delà de l'horizon visible; on n'y pourra parvenir qu'à l'aide de cette espérance chrétienne dont les ailes croissent à mesure que tout semble la trahir, espérance plus longue que le temps et plus forte que le malheur*.
1. On trouvera un très éloquent commentaire de ces dernières pages des Mémoires dans une conférence faite par Brunetière sur Chateaubriand à Saint-Malo et recueillie dans ses Discours académiques.
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