LES CELTES — PREMIER CRAYON DE VELLEDA
Le tableau des nations barbares offre je ne sais quoi de romantique, qui nous attire. Nous aimons qu'on nous retrace des usages dilTérents des nôtres, surtout si les siècles y ont imprimé cette grandeur qui règne dans les choses antiques, comme ces colonnes qui paraissent plus helles lorsque la mousse des temps s'y est attachée. Plein d'une horreur religieuse, avec le Gaulois à la chevelure bouclée, aux larges bracha, à la tunique courte et
I. Quelques traits de cette brillante et piaffante page ont été transportés dans le Génie du Christianisme X.a voici sous cette dernière forme :
« F'ils aînés de l'antiquité, les Français, Romains par le génie, sont Grecs par le caractère. Inquiets et volages dans le bonheur, constants et invini-ibles dans l'adversité; formés pour les arts, civilisés jusqu'à l'excès, durant le calme de l'État ; grossiers et sauvages dans les troubles politiques, llottants comme des vaisseaux sans lest au gré des passions ; à présent dans les cieux, l'instant d'après les abîmes ; enthousiastes et du bien et du mal, faisant le premier sans en exiger de reconnaissance, et le second sans en sentir de remords; ne se souvenant ni de leurs crimes, ni de leurs vertus ; amants pusillanimes de la vie pendant la paix, prodigues de leurs jours dans les batailles; vains, railleurs, ambitieux, à la fois routiniers et novateurs, méprisant tout ce qui n'est pas eux; individuellement les plus aimables des hommes, en corps les plus désagréables de tous ; charmants dans leur propre pays, insupportables chez l'étranger; tour à tour plus doux, plus innocents que l'agneau, et plus impitoyables, plus féroces ([ue le tigre : tels furent les Athéniens d'autrefois, et tels sont les Français d'aujourd'hui, n
'î. Pour Velléda, voir plus loin, p. ■i>7-'.>:i'i.
."8 CIIATEAI niîIANI).
senve par la ceinture de cuir, on se plaît k assister, dans un bois de vieux chênes, autour d'une grande pierre, aux mystères redoutables de Teutatès*. La jeune fdle, h l'air sauvage et aux yeux bleus, est auprès : ses pieds sont nus, une longue robe la dessine; le manteau de canevas se suspend à ses épaules, sa tète s'enveloppe du kerchef dont les extrémités, ramenées autour de son sein et passant sous ses bras, flottent au loin derrière elle. Le druide sur le Cromleach- se lient au milieu, en blanc sagum. un couteau d'or k la main, portant au cou unr chaîne et aux bras des bracelets du même métal : il hi'ùle avec des mots magiques quelques feuilles de gui sacré, cueilli le sixième jour du mois, tandis que les cubages 3 préparent dans la claie d'osier la victime humaine, et que les bardes*, touchant faiblement leurs harpes, chantent k demi-voix dans l'éloignement Odin, Thor, Tuisco et Hela^.