I.NTIiomC.TKiX. VII
rail riii>liiirc a la lumiiTo ilu (•liri.sliaai>iiii' ailn'sa ilc le idu vaincro. li{. de iiiènic ([ue 1 On ne (•(niipreiulrait rien à la genè.se (lu livre si l'on mettait en doute la sincérité de la conversion de Cliateaubriand, c'est au livre lui-même que l'on n'entendrait lien, si Ion ne voyait pas que la valeur apologétique en est l'aile presque uniquement de la force des raisons qui ont converti Cliateaubriand lui-même. Comme tous les grands livres de la même nature, le Génie iIh Chrislianismr n'est qui' la généralisation d'une •< e\|)érience » personnelle de l'auleui-. VA il faut liien croire que. cette e\|)érienco personnelle de la vétilé de lu religion, il n'était pas le seul de son temps à l'avoir l'aile. Iiiiisipi'il \ a dans l'histoire de notre littérature peu de su<-cés i|ii(' l'iiii |iiiisse conqjarer à celui île ce livre céléhre. L'effet en lut soudain: et si la iiublication ^VAlala. qui n'en était d'alKinl qu'un épisode, avait appris à la I-'rance. ilu jour au lendemain, le nom igiioré de Chateaubriand, la publication du Géuip du Christianisme, en 1802. le lit entier' du coup dans la gloire.
l!ona|iarte. alors prenùer Consul, et dont ci' livre servait les calculs, voulut en connaître l'auteur, et, pour se l'attacher, le nonnna secrétaire d'ambassade à l{ome. L'ambassadeur était alors le cardinal Fesch. Le secrétaii'c. qui n'était pas " un subordonné commode ». et rand)assadeur. qui n'était pas un ■ maitre accommodant ». ne s'entendirent guère lu bien longtenqjs. et. dés la lin de l'année 180:j. Chateaubriand était de retour à Taris. Honaparte en faisait alors un ministre en Valais, et Chateaubriand se préparait à prendre jiossession de son pnsle. quand, à la niiuvi'lle de l'enlèvement et de l'exécution ilu duc d'iMighieii. non sans quelque courage, il envoyai! sa di'uiis^ion. La guerre était désoi'uuùs ouverte entre lui et 1 lionnne qui déjà était le maitre de rLuiupe.
Il revint tout entier auv letli'cs: publia son Hiuir. ISUô: il |iiiur prouver qu'il n'avait point parlé à la légi re ipiamlil a\ail l'ssavé d'établir la supériorité du chrislianisme sur li* pag.inisme. comme source d'inspiration poétique, il entreprit d'écrire, en ]jrose, un poème où le pai'adoxe du précepte s'appuierait de l'autorité de l'exenqde. C'est afin de s'y ])réparer. qu'il lit le voyage dont son Itinéraire de Paris à Jérusalem est le journal de route: et. ainsi ipie nous le disons plus loin, des juges délicats se sont demandé ]dus d'une fois si les « esquisses >• ou les " croquis ■■ dont ce journal abonde, n'étaient pas, dans leur apparente négligence, plus ■ \i\anls » et plus " vrais ■•
vriF iNïr.oDixniox.
que les desci'ii>liiins plus savanlcs cl [ilii.s étiKlices (jiio liiulciir on a tirées i)liis tarJ. En tout cas, ce qu'ils attestent, c'est la conscience ou la probité littéraire de Chateaubi'ianJ. Rien ne nous parait plus simple aujourd'iuii, si l'on veut donner la (irèce ou l'Italie, l'ÉgApte ou la Talestine, pour cadre ou pour décor il un poème ou k un roman, que de commencer par les avoir « visitées >•. Connnent, en elTet, •■ décrirait-on " ce que l'un n'a jamais vu? Mais de semblables scrupules n'embarlassaient pas les hommes d'autrefois, et, pour écrire Télémaque, l'éneion n'avait pas cru (|u'il l'ùt utile de s'éloigner de Versailles ou de Cambrai. On a vu qu'ils n'avaient pas non plus embarrassé Cliateaubriand lui-même quand il écrivait ses Natchez. Ils n'ont pas embarrassé davantage, en notre temps, un très grand poète, et, pour éci'ire ses Orientales. Victor Hugo n'a pas cru qu'il fût indispensable de connaître un autre Orient que celui des livres ou des « images >■. Ciiateaubriand, lui, a vu, » de ses yeuv vu «, les lieux, de son Itinéraire. Les « esquisses » et les « croquis » n'en sont pas, à vrai dire, ni des " croquis >> ni des " esquisse.s ".ni même des «études «, en style de peinli'e, mais des lableau\. aussi « poussés » à leur manière que ceux de ses Martyrs^ pour ne pas dire quelquefois aussi •< ari-angés ». Seulement, et tandis que les tableaux des Martyrs sont du paysage historique, à la Poussin ou à la (Jlaude Lorrain, c'està-dire des détails vrais dans un décor de l'invention du peintre, ceux de Vltinéraire sont des images ou des reproductions de la réalité *.
Les Martyrs |)arurent en 1809. Nous avons essayé, dans une courte Notice., de caractériser, avec les difficultés voulues de l'entreprise, les qualités et les défauts du poème. Bornons-nous donc à constater ici (pie le succès en fut gi'and, et aussi disputé, quoicpie moins éclatant peut-être, que celui du Génie da CItrislianisme: — et. en effet, l'ouvrage n'avait pas la même poi'tée. On peut donner comme preuve de ce succès la tentative ([ue fit alors l'Empereur de reconquérir le poète, en exprimant sa surprise que le Génie du Christianisme ne fût point inscrit parmi les ouvrages admis à concourir, en 1810, pour les prix décennaux qu'il venait de fonder. Ce ne fut certes pas non plus sans son agilement que l'année suivante, en 1811.
I. C'est toutefois, nous devons le dire, ce que n'adnicllfiit |i(jiiii f|iielr|iics Allemands. Voyez le travail déjà cité de M. Bédier.
IMHomClidN. iv
Cluiti'inilirifiiiil lui l'Iu à i'.VcailL'iuii' IVaiKvii.-c. Il \ r('iii|p|ariiit, Maric-J(is('|>ii Cliéiiier, l'un de ses ennemis littéraires les plus acharnés. .Mais (juand il lut ([uestion i)Our le nouvel élu de prononcer le diticuurs d'usage, de ncjuvelles diriicullés surgirent. I.e manuscrit du discour)^ ayant été soumis à l'Empereur, on ne sait |ias e\i'ctement ce qui lui en déplut, — puisque le le\te n'en a jamais été recueilli dans les Œuvres de Châteauhrinnd. — ni les niodilicatiims (ju'il \ demanda, ni les résislanccs OU) o|)posa Cihaleauhriand. mais toujours est-il que le LiKst'ottrs ne lui pas prononcé, et (|ue pour prendre séance à l'Acailémie, l'auteur des A/ar/yrs attendit la cinile de l'Euqiii'e. La violence longtemps contenue de sa haine éclata dans une lirnchure fameuse : De Buonuparte et des Bourlons, qui parut iMi 1814. et (pii valut, selon le mot iln roi Louis XVIII, « une armée à la Itestauration ». Elle valut aussi à son auteur d'être nonnné mini.stre de Fratice à Stockiiolm, poste qu'il n'occupa jamais, et •> ministre d'Etat » a])rès Waterloo. 11 entrait enlln dans la vie politique.
Son rôle > lut considérahie et hrillant. Ce fut d'abord un rùle d'opposilicui. et pendant quatre ans, de 1816 à 1820. nul ne cond)a(lil h' ministère Kecazes avec plus d'élot|uence ni pins d'aciiarnement. La ])hrase par laquelle il célébra la chulr dr siin ailversaire est demeui'ée célèbre. « Le pied lui a glissé dans le sang ». disait-il: et c'était plus qu'une métaphore, si c'était presque accuser le duc Decazes d'une sorte de conq)licilé dans l'assassinat du duc de Uerry. Chateaubriand devenait alors successivement andiassadeur de France à Berlin, puis à Londres. i)lénipotentiaire au Congrès de Vérone, et minisli-e des AITaires étrangères dans le ministère Villèle. C'est en cette tiualité qu'il décidait la ■■ guerre d'Espagne ». Mais sa hauteuihaiiituelle. qui déplaisait singulièrement au roi, et encore plus à ses collègues, ne tardait pas à leur devenir tout à fait insupportable. On lui reprenait son portefeuille d'une manière el dans des conditions à le blesser pi-ofondément. Et comme il n'était jias lionnnc à laisser ime injure impunie, il recoinnu'nçait, dans le Journal des Débats, une campagne d'oppo sition contre ses adversaires: il y mettait assez de violence pour atteindre, au travers d'euv, le régime dont il continuait de se croire le principal défenseur; il la suspendait un moment, et acceptait du ministère Martignac l'ambassade de Rome: donnait sa d(''mission à l'avènement du ministère l'olisnac: ren-
X INTlidltl CTIilX,
lr;iit, plu> iiiili'iil que jaiiuiis. (Iiin> la killc ; c^^a^ail Naiiiciiicnl de sauver du iiiouveiiient révdluliounaire d(! 1830 la eoiironne du duc de iJiirdeauv: et teniiiiiail sa carrière [joliliqui- eu reiusant de [irèter seriiieiU à la ■■ uiiuiarcide élective ■■.
Ses préoccupations politiques avaient d'ailleurs à peine iiileiTompu ses travaux littéraires, et, en 1831. paraissaient en «luatre gros volumes ses Etudes Idflui^ifjues.EWes sont pleines de vues générales et originales, d'érudition inènie: et il est éd'ange que l'anahse en tienne oi-dinaii'enient si peu de place dans Texanien des Œuvres de ('hateauhriand. Accusons-nous ici nous-mènie de n'en avoir pas donné quelques exti-aits dans le présent petit volume'. .Mais ce n'est sans doute pas dans un recueil de ci» geni-e que l'on peut se proposer d'en appelei' de l'opinion conmmne à ro|)inion mieux infoi'mée: et le Chateaubriand (|u'il s'agis.sait de faire connaître n'était pas celui des curieux, — le Cliateaulji'iand du récit du Cuayrès de Vérone. 1838. ou celui de la Vie de Raneé., 1844, — mais celui d'.l/"/" el de René, ilu dénie du Cliristianisriie et des Martijrx.
.V partir île ce moment, on peut dire qu il cessa de publie)', mais non d'écrire, el il employa ses derniers loisirs à continuer, ou plutôt à retoucher ses Méniuires d'Oiitre-Tunibe. \u\ \eux de heaiuoup de ci-itiques et d'historiens, dontSaint(>-Beuve a fait l'éducation littéi'aire, et qui. de l'œuvre d'un grand écrivain, n'apprécient que ce qui leur apprend quelque chose de l'homme, c'est celui de ses ouvrages qui soutiendrait le mieux la réputation et le nom de Chateaubriand. Et. en elîet, si ce n'est pas. de tous ses ouvrages, celui où il a mis le plus de lui-même, c'est celui <iù. si je l'ose dire, il s'est le jdus complaisamment étalé. On oublie seulement (ju'à cet égard, il en est de lui connue de Housseau. Si ces deux grands écrivains étaient d'ailleurs tout ce qu'ils sont, et quand ils auraient passé, c-omme Chateaubriand, par « les grandes affaires ». nuiis (|u'ils ne fussent pas avec cela l'auteur de la Nouvelle Héloine ou celui du Génie du Chrislianisme, nous ne prendrions aucun intérêt à l'étalage ((u'ils ont fait d'eux-mêmes, dans leurs Confessions ou dans leurs Mémoires d'Outre- Tombe. En d'autres ternies, s'ils nous intéressent comme hommes, c'est qu'ils nous
I. Celh' ' ,ii'iii>.ilinii » ii'ii plus .uijourd'luii >.i r.ii.suii J'ètre, el l'un Iruuvei'.i |/lii> lniii des l'.xtniils des Eludes historii/ues.
iMUdiii criox. \i
intt'rcssciil tmijours ou ((uils nous oui iulurL'sscs dultord cl |irinci|ialeiuonl conimo auteurs. Nous n'avons, si je ne me li'onipe. aucune cui'iosih' des Coi) fessions de Casimir Ttelaviiine ou des Mémoires du vicomte dArlincoui'l.
Nous irons plus loin, et nous dirons que les Mémoires il'Oidre- Tomhe ne nous ilonnenl i)as le vrai (ilialeauliriand. Sont ils malériellement evacis? (Test ce qu'il l'audrail. avant di' répondre, evaininer de prés. Mais les hommes et les choses de sa jeunesse, pour ne |)arler que d'euv. n'y sont pas en tout cas représentés sous les mêmes traits que dans son Essai sar les Révolutions-, et à qui des deu\ nous en (ierons-nous. de l'auteur de V Essai ou de l'auteur des Mémoires^ Aussi bien, quand il a traversé les époques troublées où vécut Chateauliriand. la vie d'un homme ne saui'ait jamais avoir eu l'unité liiii^piration ou de direction que l'on est tenté de lui imprimer il distance : et ce ne serait pas un paradoxe que d'avancer cju'en 1840. l'homme le moins capable île nous rendre l'adolescent lie Combourg et le frère de Lucile. l'élève de marine et le sous-lieutenant de 1786. était l'auteur de la Monare/iic selon lu ('lurrte et du Congrès de Vérone.
N'ajouterons-nous pas. selon le mot célèbi'i'. qui', luul en ne " se peignant qu'en buste «dans sesMé;yroi!'rr.s\ (llialeaubriand \ a cependant calomnii^ sa jeunesse et sa maturiti-'? Non. en \erili\ l'auteui' du dénie <h< Clirislianisme et des Marh/rs u';ivail jias l'altitude dr-plaisante ipi'il s'est comme imposée dans ses Mémoires. Occupé de tout autres soins, il n'aU'eclail pas alors d'admirer en lui les contrastes de la destinée, les jeux de la Fortune ou de la Providence. Il n'était pas alors le ■ dieu " ou tout au moins l'idole qu'il était devenu pour ses llatteurs: il ne s'oH'rait jjoint à l'admiration ile ses semblables, connue dans le salon de M'"" Récamier: il ne croyait point avoir tout connu, tout expérimenté ni tout épuisé. Pour nous, l'est surtout la jjersistance de cette attitude qui nous aàte Ir filialeaubriand des Mémoires^\o[. faut-il l'avouer? si ce Clia li'aid)riand n'existait pas, il en est un autre que nous admirerions da\anlaire. que nous ne connailrions jias moins bien, el de l'œuvre duquel il ne survivrait, avec linciunparable écri-
1. I^eiit-ètre ce jugement sur les Mémoires d'Outre-Tombe est-il un peu 'lui-, et dans la Notice qui [U'écèile les e.vtrails que uous avons donnés des Mémoires, \\ii\[< avons tàclu- d'en atténuer la rigueur.
xfi INTMOliK.riUX.
vain, que le charmeur ou ■< l'ciulianleur - ipiil étail pour la génération des Fonlanes et des Joid)ert.
Nous regretterions pourtant le politiipu'l - iJourltonien par lionneur. ro\alist(i par i-aison et par conviction, je suis repu Idicain ])ar goût et par caractère .. : celle phrase de sa hro cliure sur la Hestauratidii rt la Monnrcidc élrclivc esi lexiiression de la vérité niéme: <l. iui lieu de " réjuihlicain '■. il eût écrit •■ démocrate •■, ipi'il ci'it dit encore |dus vrai. Luc autre phrase de s(>s Méumires n'est |)as moins caractéristique : " Ma conviclion religieuse, en grandissant, a dévoré mes autres convictions : Il n'est ici-bas rhrcticii jiltis crânant ni liiimmc plus incrédule que mai >■ . Si nous avon.s |)u dii'e plus haut que ceux-là n'avaient rien compris au génie di; Chaleauhriand. qui avaient mis ou feint de mettre en dout(î la sincérité de la conversion de 1798, ceux-là n'ont rien compris A l'évolution de ce même génie (pii lui ont reproché ces deux phrases. C'est ce <jue discerneront les lecteurs attentifs des derniers volumes des Mémoires d'Oulre-Tutiihe. Coude on vicondiautant ([u'on le voudra, pair di' France, aml)assadeur et ministre de la Heslauralion, aristocrate par tous ses goûts et toutes ses habitudes. Chateauhriand n'en est pas moins Tun des hommes île son tenqis i(ui ont le mieux conq)ris la démo - , cratie du xix" siècle; — et sa solidarité naturelle avec le |)ro grés de l'idée chrétienne.
Au conmiencement de l'année 1791, quand il s'était emharqnc pour l'Américiue, il s'était rencontré, sur le Itateau (pii les emportait tous ensendjle aux bords du Nouveau Monde, av(^c(pu'lqucs Sulpiciens. Ces Sul|)iciens, une dizaine, sous la direction de l'un d'entre eux. l'abbé Nagot, allaient fonder à liallimoïc le séminaire de Sainte-Marie, le premier séminaire iatholi(]ue ([ui se soit établi sur le territoire de l'Union, et celui dont on pourrait dire cpie l'histoire même est un abrégé de l'histoire des progrès du catholicisme dans l'Amérique du Nord. Il n'y avait guère alors qu'une dizaine de milliers de catholiques dans l'Union tout entière: il y en a 12 000 000 aujourd'hui; et c'est comme ti 1 on disait que les progreo du catholicisme eu Amérique, depuis un siècle, ont marché du même pas que le progrès même de la démocratie. Telle est l'histoire de Chateaubriand. Lui aussi, ses convictions de chrétien et ses aspij-ations de '< ré|ndilicain » ou de .- démocrate >■ se sont comme développées, précisées, élargies, l'orliliées ensendjie. et démon-
INTI'.ODK TKiN mm
liTo à liii-iiii'iiM- !(> unes |i;ir Irs aulri->. S il > a un clirislianisme social » l'I un • socialisnii* ilirt-licu ■. — (lou\ i'\|)rcssi(>iis i|iir iiniis ii'uimuiis j^uf-rc cl iloiil on m- peut se servir (Hi'a|ins avnir lail celle iilile réserve, — nul en son tfni|is ne la iiiiiMi\\ii (|uc iauleur des Mémoires d'Outre Tniuhr. ni na lonilé sur l'allianee du elii'islianisMx; el dr la ilfiiiipcralir de |)lus ii'énéreuses, de [ihis loinlaiin's. i\r \>\\>~ liardies es|)éi'ances. Lni; cvpérience persounelli- d inlinie. assez différenlc à la vérité de relie qui lui avail à ses déhuls diclc le (iéiiir du ClirisliatrisDic. l'a convaincu de la \al(Mir MM ialc d une religion donl la profondeur de son >eiilinicnl ri'li;:ii;'ii\ hii a\ail révélé la \aleur senlinienlale. Kl si sa conviction n'li:;icuse, ■' en grandi.ssani ■•. a - dévoré ses autres conviclions ■, c'est à vi-ai dire (pi'elle n'a iirandi que de se les cire assimilées, ou encore, il a reconnu (|ue ses ■< autres oon- \iclions i.. c inune elles avaient leurs racines profondes, trou- \ aient aus^i leur couronn<?nient dans sa conxiilion ndigieuse.
Il mourut, plein de jour's, le 4 juillet 1848: el. parmi les convulsions où se déballait la France d'alors, sa mort passa prc\s([ue inaperçue. Mais Sainte-Beuve, — dans un cours public qu'il lit à Liéiie dés l'année suivante, el qui est devenu sou livre sui" C/iateaubriandct son ijroupc littéraire. — se chargea. si l'on ose ainsi dire, de l'enterrer à .sa manière: el, en dépil de nombreuses proleslalions.ee fui lui qui fixa pour une quarantaine d'années la plnsionouiie de tdiateaulyriand. Tous ceux à qui déplaisait la publication des Mémoires d'Outre-Tnnihr lirent chorus avec Sainte-Beuve: et l'opinifin s'établit que. >ans doute, on avail perdu, en perdant l'auteur des Martyrs et du Génie dn Christianisme, un poète (pie sa rhétorique n'empêchait pas d'avoir été quelquefois grand, mais non pas un homme d'Étal, un < pidilique >-, ni sui'tout un « penseur )■. Les " voltairiens ■ . un peu plus lard. s'atta([nèrcnt même au grand écrivain : on renouvela contre Atala les critiques ridicules de .Morellet et de .Marie-Joseph Chéuier: et je me rappelle qu'en ma jeunesse, il y a de cela plus de vingt-cinq ans, c'était se décerner à soi-même comme un brevet d'esprit libre, et de juge littéraire inaccessible aux séductions de l'éloquence el de la poésie mensongère, que de se moquer de Chateaubriand.
.\ulre temps, autres mœurs!
Mainlenanl il rcn.nit de >,r oliiLtc profonde I
Mv IMlloiil (,TI(iN.
Ou .•^ c.>t apcrru i|ue. >i nous n'a\iiiu> pas eu uolic lauj:uc ilécrivain. dunl !(■ gi-aïul s(\le ail cns»;uililc |)lus de colori.s i-l iriiarmonie, ce grand style fMivelo|)pail [luurlant des idées siuuulièreiuent fécondes. On s'esl rendu coni[)le(|ue loul le roiuantisnie était contenu dans Cliateauln-iand, et qu'Hugo même n') avait rien ajouté d'essentiel. On a compris que, caduijue et ruineuse en quelques-unes de ses pai'lies. l'apologétique de (;iiateaubriand n'avait pas péri tout entière, et qu'à tout le moins en demeurait-il une démonstration de l'irréductibilité du sentiment religiimx. Les questions religieuses, qu'une certaine critique se tlattait d'avoir anéanties, en les rendant désormais sans objet, ont repris toute leur importance dans les préoccupations des hommes; et il s'est trouvé qu'on ne pouvait guère les poser elles-mêmes en termes différents de ceuv de Chateaubriand. « Ouelle sera la religion qui renqjlacera le christianisme? >• C'est précisément ce que se demandent aujourd'hui nos " libres penseurs «: et si Ion veut mesurer combien il y a de Chateaubriand dans l'état d'àme de notre fin de siècle, à la ((uestion ainsi proposée, on n'a qu'à voir la réponse qu'Krnest IJenan a linalement donnée.
l'onr toutes ces raisons, tenons-nous donc assurés (luCn inscrivant, cinquante ans après sa mort, le nom de Chateaubriand dans la liste de nos classiques, la critiiiue et l'histoirt.' ne se sont pas trompées. .\vec tous ses défauts, l'auteur du Génie du Chrisliunisme el des Mavtj/rs est toujours vivant. Dùt-elle subir tous les assauts que subissent d'âge en âge la plupart des réputations littéraires, personne maintenant ne s'attaquera à celle de Chateaubriand, ((u'elle ne trouve quelqu'un pour la défendre: et c'est ce qu'on appelle tout justement « la gloir(} )■. Un grand écrivain n'est pas celui ipie la jiostérité négligente laisse tranquillement sommeiller dans la paiv du silence, et dont l'œuvre n'est sacrée (pie de ce (jue personne n'y touche! Mais, après des années el des siècles écoulés, c'est celui qui demeure un - sujet de contradiction ■ parmi les honnnes. el dont l'œuvre témoigne ainsi, par l'ardeur même des passions qu'elle e\cile. de xiu immortelli^ vitalité.
DE