INTRODUCTION
l'ranrois-.Vueii.-li'. iciiiimc il a lciiii;|i'iii|is signé Sfs propros iuivraeT>s. — ou ri-alilc. .1 après liv acir'- ili^ réiat civil. Frani;'iifi-René île Chaleaubriand. — lils irAueusto. coiuli- df CliatoaulM"ianii. et (r.Vpolliiio-Siizannr'-Jpanno de Betléc. iiaipiil lo 4 sfijlomhi'p 1768. à Saint-Malo. cellf de toutes nos petites villes lie France qui. dans IVfroite enceinte de son rempart de pierres, a probalilenient vu naitre le plus d'hommes illustres, en tout genre, depuis Jacques Cartier jusqu'à Lamennais. Le gf'omètre Maupertuis. le corsaire Surcouf. le médecin Broussais sont ésalement de Saint-Malo: et cette énumération. l'ort incomplète, suffit sans doute à dire condiien il serait vain d'essayer d'expliquer le talent ou le génie de Chateaubriand par ses origines malouines.
On ne l'expliquerait guère mieux par sa < naissance >•. — quoiqu'il y ait d'ailleurs en lui quelque chose d'essentiellement aristocratique, ou même de hautain, qui n'est pas de l'orgueil, et encore moins de la vaniti-. mais le sentiment de ce (pu- Vnw se doit, (lu plutôt de ce «juc 1 nii dnii aux siens.
On aime en >oi le sano- ilont on p<t desrenHii !
Il a lui-même raconté sa jeunesse dans ses Mémoires d'Oiitre- Toiitbe. en la poétisant un peu. comme il arrive toujours dans ce genre d'ouvrage : on ne connaît pas. en littérature, de conlession entièrement sincère. L'affection presque passionnée de l'une de .ses sœurs. Lucile, qui depuis fut M"'° de Caud. éclaira seule d'un ra\on de tendresse les années monotones qu'il passa au collège de liol, et les vacances tristes ou même sévères du château de Combourg. Les pères et mères de ci' temps-là tenaient volontiers les enfants à distance.
On le destinait à être marin, cl ce lui pour olii-ir à ii- V(imi
IV IMIiODICTIoN.
(le sa l'ainilli' (ju'il pa^sa ilc l)ol à Iîciiih's. puis à l!ri>l. Mais. (liKii(|Uc' ilrs liHS II' voisinai;!' <■! la viir (luoliilii'imi' dr la iihm' fiiss(Mil l'cvi'iilé l'ii lui Idiis SCS iiislimls iialils di- lîrclnii mi ilc Malouin, il était à la veille d'oMeiiir son brevet d'aspiranl quand, loiil diin coup, avec celte brusquerie de résolution qui devait être un des traits de son caractère, il reprit, sans bien savoir pouicpioi, \o cliemin de doniboui'i:'. I,a raison qu'il donna de ce retour iinpi'é\ u tut un cliaupcuient de vocation, el il d('clara (ju'il » voulait end)?-assef Tctal ccclésiaslicpie >•. Il avail div-sept ans. On reu\o\a au C(dléi;t> de IHnan, puis, connue il seinid(^ (pi'il ) lut moins assidu à l'élude du lalin, du arec e| de riiébreu, qu'à jiai-courir la courte distance qui sépare Dinan do Conibourg, M. de (Chateaubriand, « cpii avait économie à le garder », le retira du collège, et il l'evint au foyer paternel, il y passa près de deux ans, au cours desquels il n'eut pas de peine à se convaincre qu'il n'avait aucune disposition pour l'état ecclésiastique. Ses idées de voyage, exaltées par la vocation littéraire qui commençait à sc'veiller chez lui, revinrent le hanter. L'Amérique, le Canada, les Indes le tentaient tour à tour. Il rêvait « d'aller défricher les forêts ». ou de se mettre au service de quelque sultan de M\sore:sa famille appi'ouvait ses projets: el il était sur le point de s'embar(4uer, lorsque un beau jour de 1786, son père le rappelait à (lombourg, et lui remettait, avec une épée, un brevet de sous-lieutenant au rc'ginient de Navarre, (pii tenait aloi's garnison à (landirai.
11 n'y devait guère d(Mneurer. La mort de son ])èi'e. au mois de seplendire 178(), le ramenait encore une fois à Condiourg. il y si'journait quelques mois, et n'en repartait, avec un brevet de capitaine de cavalerie, que pour se rendre à Paris, où son frèi'(» aîné, le comte de Chateaidu-iand. et l'une de ses sœurs, M""- de Farcy, le présentaient en cour et l'introduisaient « dans le monde ». Mais au monde et à la cour, il jiréférait dij'à la société des gens de lettres, Lebrun, Chandort, l'arny, Ginguené. La Harpe, Delisles de Sales. Celui-ci lui ouvrait VAlmanaclides Mtises, et les premiers vers du capitaine y paraissaient à la lin de 1789. Il ne faut jamais oublier ces premiers débuts du futur auteur des Martynt. Si différentes et si diverses entre elles que soient les œuvres de sa maturité, quelque chose s'y retrouvera toujours de la littérature du xviii° siècle finissant: et, non seulement dans ses Martyrs^ mais jusque dans ses Mémoires d'Outre- Tombe, quelques touches ne laisseront pas
i.mi;i>1)1(;ti((.\. v
lie lr;iliii' |>lii> il'iiiic loi.- It s Iciniis i\c ses [ininiiMs iii;iilre.s. I':i- plus rii lillcraliili' (|irililli'llis il li\ li ilr li'Vululinlls S(illilaiiit's; c[. lïit-il Cliatoauliriand. un iK.vahur no \'oi~[ jamais qiio |)()nr ((noi(iiios iirtmiosses d'aMMiir h iii(nii< ni^lccs à dinoniln'oiix souvenirs du ]iass(".
(l'est sur ces enlrelaitos que les événements de 179li-]7'.n vinrent chanorer comidèlement la direction de sa \ie. lîciidu à la liljeilé \M\r l'écroulenuMit do l'ancien régime, il |Miuvail donner enfin satisfaction à ses instincis de voyageur: il. \i- K avril 1791. il s'end)ar(|uait à Saint-Malo. sur le hiick le Siiint-Pierre. en partance pour l'Aniéi-lipie.
I/Aniéri(|ue lui lui un(^ lévélalion. Il n"\ si'joui'ua (pu' «inii mois, il est vrai: et. iieiidant ces cin([ mois, fin a prouM' loul r('cemnient. d'une manière irrél'ulahle, (pi'il n'avait ni vu ni ]m voir joutes les régions qu'il n'a pas moin.s décrites, et même où il a placé la scène de ses Nalcliez et de son Atala. (»n a également prouvé que. ce qu'il n'avait pas vu de ses yeux, il ne s'était pas fait scrupule, dans le récit même de son ]'oya{/e, de l'emiirunter à de « bons auteurs '•, dont le principal est le père Charlevoix, en son Histoire et Description lie lit Nouvelle France^. Ainsi avaient fait avant lui [u-esque Ifius nos conteurs, et l'on sait de combien de pages de son Gil Blas le romancier I.c Sage, par exemple, est redevable au\ romans f|u'fin appelle picaresques. Il y a plus, et, sans doute, il ne faudrait jias s'é-tonner si les descri|)tions du père Cliarlevoiv et la lecture des lettres édifiantes avaient précisément attiré ou dirigé vers l'Amérique le choiv encore incertain du jeûne vo\ageur. Mais, après tout cela, il n'en est pas nmins vrai que. si l'on conqiare. comme l'a fait Sainle-HeuAc, la manière descriptive. am|de et large, des Nalchez ou iYÀtaJu. avec celle de Hernardin de Saint-Fierre, dans ses Eludes de la nature^ ou avec celles de .I.-.I. Rousseau, dans ses Hèreries, on est frappé de ce que les lai>leau\ de Chateaubriand contiennent, non seulement d'exotique et de neuf à ce titre, mais de vraiment non encore vu. Chateauliriand est de ceux qui sont originaux en copiant. (Juoi qu'il en soit donc de la l'éalité de son Voyage en Amérique, et quand il n'aurait parcouru, — comme on le conjecture avec assez de vraisem-
1. J. Bédier, Le voyage de Château briand en Amérique, dans la Revue d'histoire littéraire de la France, octobre 1899 et janvier t900.
VI IMT.olil i.Tlo.V.
Iilaiiii'. — que lii régidii lillorale (jui sCti'iiil Ai' iJallinuiir an Niagara, ses yeuv et son imagination s"\ sont comme emplis (le visions qu'il ne devait jamais oublier: dont on peut même dire qu'elles l'ont hanté jusqu'à son dernier jour: et sans l'impression desquelles son talent de peintre ne serait pas lout ee qu'il est.
La nouvollf' de la fuiti' de Varennos e( de l'arrestation île Louis \VI le ramiMièreiil en l'ranci' ilans les ])i'emii'rs joiii's di' 1792. Il ii'v prit qm^ Ir Icmps dr se mariei' avec une jiMine lille (pii ne devait jamais tenir dans sa vie qu'une |>lace assez. ■ ■H'aeée : e| pres(pie aussiint. cédant à Lespril d'erreur (pii l'hlrainait alors loule la noblesse, il émigra. Soldai de l'armée i|r Condi'. I)lessé au siège de Thionville. malade et laissé pour mort, licencié avec ce rassemblement d'un jour, c'est alors qu'il passa en Angleterre, où il connut, avec toutes les tristesses de l'exil, toutes les angoisses de la plus affreuse misère. Mais la vocation élait déjà la plus forte! L'ambition de l'écrivain triomphait en lui de tous les obstacles: et n'ayant çfuère pour toute ressource que quelques travaux de librairie l'I queUpies leçons de français, il rasseml)lait les notes de son Voyage en Amérique, et il écrivait srm Essai sur les Bérohttions, qui paraissait en 1797.
Ce livre curieux se terminait. f)U à peu près, par un chapitre dont le seul titre : Quelle sera la religion qui remplacera le Cliristianisme:' montre assez combien Cliateaubriand •'•tait encore, à cette époque, sous l'influence des idées philosophiques du xvMi" siècle et de l'Encyclopédie. .Mais on y peut voir aussi quelle importance il attribuait dès lors aux idées religieuses dans l'histoire de l'humanité. La mort de sa mère fut l'origine de sa conversion. ■• Il pleura et il crut. » De la crise que détermina chez lui cette mort, il sortit transformé. Ine transformation de son talent s'en suivit. La pensée de son Génie du Christianisme naquit du fond de sa douleur même. .\ peine en eùt-il conçu le dessein, qu'il y vit comme une réparation due à la mémoire de sa mère. La beauté de son idée, la richesse, l'originalité des développements qu'elle pouvait recevoir, les convenances intimes qu'il y découvrit avec la nature de son propre talent, lui devinrent prompfemeni une preuve de la vérité de cette idée. Celte preuve lui devint à lui-même plus démonstrative à mesure qu'il avançait dans la liii'pai'alion de son oeuvre. La signification nouvelle dont s'éclai-