LE GÉNIE DU CHRISTIANISME
NOTICE
l.r Génie du L'Iirisliani.sme eaiVwuwc cdijUii]!'. ili- (Jlialeau- Ipr'iand, l'une des œuvres maîtresses du siècle qui finit, et, — un peut aujourd'liui le dire avec une entière assurance, — l'une des jjrandes œuvres de la littérature franraise. La sijînilicalion historique n'eu est pas moins considérable (|ue la valeur littéraire, et on ne parlera jamais du Concordat ou du rétablissement du culte catholique dans la France ilu Consulat, sans être oblifié de faire à Chateaubriand sa part dans le niouveiiieut d'opinion (|ui a reutlu ce rétablissement possible et le Cniuoi'iJal duralile. .Mais )iour être tout à l'ait juste envers ce livre l'ameux, il en faut bien compi'endi'e la disposilif>n ou l'économie: la pensée essentielle: et le i;rand mo\en de séduction ou d'action.
Ce mo\en est le st\le, et on la déjà dit à propos d'Atala^ un stUe dont les défauts eu\-mémes ressemblent à des qualités. 11 faut entendre par là que les défauts de ce slyle n'étant ni l'incori-eclion, ni l'inqiropi'iété, ni l'embarras du lour, ni l'obscurité, ni la dui'eté, ni la sécheresse, ni l'inqiuissanci' à dire tout ce ijue l'on veut ilire, et à le dire connue on veut le dire, on n'y peut rien reprendre qui ne se trouve ulre, à l'occasion, l'origine ou la source des plus grandes beautés. S'il se rencontre dans le Génie du Chrislianisme des images ou des comparaisons qui choquent un lecteur formé à l'école du goût classique, elles y sont la ran(;on de tant de comparaisons ou d'iujages si neuves qui ont fait de Chaleaubi'iand « le ^uclicm du romantisme >■. Si quelquefois les mots y sont plus grands que les choses, et les écrasent, pour ainsi parler, sous leur
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iiui,:^iiilii riKL'. il UN a |ias en rcvandio d'iclrc. ^i liaule soilcllo ou si suljliino, à iaiiiiclle iic «égaleiil le vocabiilairo el la plirase tle Clialeaui)rian(l. El. dans un pareil sujet, il nesl pas jusqu'à la manière ilunl l'auleui- se mêle de sa peisoniie dans son œuvi'e qui ne devienne une qualité, quand par exemple '■lie lui sert à l'onder renseignement de la vérité sur levpérience qu'il en a laite. Je ne dis rien, après cela, du reproche qu'on lui fail quehpielois de s'adresser moins à la raison, el surtout à la raison raisonnante, qu'à rimagination ou qu'à la stMisiliililé. C'est en elTet cela même qui fait loriginalilé de (llialeaul)riand: qui en un certain sens est tout le romantisme ; et c'est ce qui achève de faire du Génie du Christianisme un grand livre, puisque c'est ce qui achève d'en rendre la forme tout à fait analogue au fond.
11 ) a en elfet bien des manières de faire « l'apologie du christianisme » et d'endémélei' ou d'en développer le « génie ». Celle de Chateaubriand peut tenir en quatre mots, et son dessein a été de fonder la vérité de la religion sur sa beauté. D'autres que lui lavaient-ils peut-être tenté, comme Fénelon, par e\emi)le, dans la première partie de son Traité de l'existence de Dieu^ et d'autres encore avant Fénelon? C'est po.ssible: mais ce qui est certain, c'est que leur dessein n'avait ou ni la même am]ileur. ni la même portée. Pour Chateaubriand, ni dans la natuie, ni dans l'homme, ni dans l'histoire il n"v a rien de « beau » qui ne soit « divin -. ou dont l'existence ne prouve la divinité, dont l'analyse ne la révèle: et il n'N a rien d'aussi « beau >< que le christianisme dans l'histoire, ni qui puisse plus profondément émouvoir le cœur de l'honmie. ni qui donne plus de sens, un sens plus précis et plus plein, au spectacle de la nature. C'est cette pensée qui est son livre liiul entier. S'il eût parlé le langage des « philosophes », il eût pu dire ipià ses \euv la religion était la « catégorie de l'idéal « ; iiuiis il eût ajouté qu'il était plus sur de l'existence de l'idéal que de celle de la réalité même; et son ambition a été de montrer que cet idéal s'était « réalisé dans le christianisme ». Il a fondé « le besoin de croire » sur « le besoin d'admirer «, et il s'est proposé d'établir qu'aucune relision. ni aucune disri|)line n avait ouvert à l'admiration de plus lointains horizons que le christianisme. C'est ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de son livre ; la faiblesse, parce qu'on a pu l'accuser de faire ainsi dépendre la vérité de la religion d'une supério-
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rite aussi disLutaljlc que celle de la Jérusalem délivrée sur V Iliade d'Homère; et la l'orcc. parce qu'il a établi la liaison ou la solidarité nécessaire du christianisme avec tout ce <iui est capable, dans la nalui'e ou dans l'histoire, démouvoir h' cœur de l'homme.
C'est ce qui e\|)lique également la composition ou la disposition de son livre, la place qu'y tiennent les questions d'arl <iu de littérature, la nature de ses digressions, et comment l'analyse de Zaïre ou de la Jérusalem délivrée^ se ramènent, se rattachent à son dessein principal, en sont de naturelles el nécessaires dépendances. On lui reproche d'être « faible » sur les mystères, et de n'avoir sur le rôle historique du christianisme que des « vues »! Il na voulu l'aire œuvre ni d'historien ni de théologien; et c'est pourquoi le point capital de son livre est la démonstration de la supériorité «les arts chrétiens sur les arts pa'iens. Entendez-le de cette manière et lisez-lr dans cet esprit : tout s'ordonne et tout s'éclaire dans le Géuie du Christianisme. Et il faut bien, non seulement que ce plan ne fut pas mal approprié aux circonstances, puisque le succès du livre fut immédiat et considérable, mais encore qu'il répondit à un besoin certain de l'apologétique, puisque depuis lors il n'y a pas eu d'apologie de la religion chrétienne oii l'on n'en ait tenu grand compte. Encore aujourd'hui même, la valeur apologétique, donc philosophique, du Génie du Christianisme n'en est guère moindre que la valeur littéraire. Four n'être pas composé comme le Discours sur l'histoire universelle, ou comme ce livre inachevé dont les Pensées de Pascal ne sont que les fragments, il n'en est pas moins bien ■• composé » ; la conception fondamentale n'en est pas moins heureuse que l'exécution; et on peut le dire, en concluant, ce n'est pas seulement la date de son appai'ition qui en fait l'un lies " premiers livres >■ du siècle qui vient de Unir.