LA CATARACTE DU NIAGARA
Nous arrivâmes bientôt au bord de la cataracte, qui s'annonçait par d'atîreux mugissements. Elle est formée par la rivière Niagara, qui sort du lac Érié. et se jette dans le lac Ontario; .sa hauteur perpendiculaire est de cent quarante-quatre pieds. Depuis le lac Érié jusqu'au saut, le lleuve accourt par une pente rapide ; et au moment de la chute, c'est moins un fleuve qu'une mer, dont les torrents se pressent à la bouche béante d'un goutfre. La cataracte se divise en deu.x branches, et se courbe en fer à cheval. Entre les deux chutes s'avance une île creusée en dessous, qui pend avec tous ses arbres sur le chaos des ondes. La masse du fleuve qui se précipite au Hiidi s'arrondit en un vaste cylindre, puis se déroule en nappe de neige, et brille au soleil de toutes les couleurs: celle qui tombe au levant descend dans une ombre etfrayante; on dirait une colonne d'eau du déluge. Mille arcs-en-ciel se courbent et se croisent sur l'abime. Frappant le roc ébranlé, l'eau lejaillit en tourbillons d'écume, qui s'élèvent au-dessus des forêts, comme les fumées d'un vaste embrasement. Des pins, des noyers sauvages, des rochers taillés en forme de fantômes, décorent la scèn»-. Des aigles entraînés par le courant d'air descendent en tournoyant au fond du gouffre; et des carcajous se suspendent par leurs queues flexibles au bout d'une branche abaissée, pour saisir dans l'abîme les cadavres brisés des élans et des ours.