LA MORT DU CHRETIEN
Venez voir le plus beau spectacle que puisse présenter la terre; venez voir mourir le fidèle. Cet homme n'est plus l'homme du monde, il n'appartient plus à son pays; toutes ses relations avec la société cessent. Pour lui le calcul par le temps finit, et il ne date plus que de la grande ère de l'éternité. Un prêtre assis à son chevet II' console. Ce ministre saint s'entretient avec l'agonisant de l'immorlalité de son âme; et la scène sublime que l'antiquité entière n'a présentée qu'une seule fois, tians le premier de ses philosophes mourants, cette scène se renouvelle chaque jour sur l'humble grabat du ilernier des chrétiens qui expire.
Enfin le moment suprême est arrivé ; un sacrement a ouvert à ce juste les portes du monde, un sacrement va les clore; la religion le balança dans le berceau de la vie ; ses beaux chants et sa main maternelle l'endormiront encore dans le berceau de la mort. Elle prépare le baptême de cette seconde naissance; mais ce n'est
1. Ivinii-e, dans t'Odyssee d'Homère, est le père noiirrieiei' d'Ulysse, •i. 11 est probable que Cliateaiiliriand s'inspire ici de quelques détail^ de rnœnrs observés dans son enfance.
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plus l'eau qu'elle ehoisit, c'est Thuile, emblème de Tincorruptibilité céleste. Le sacrement libérateur rompt jjeu à peu les attaches du fidèle; son àme, à moitié écliappée de son corps, devient presque visible sur son visage. Déjà il entend les concerts des séraphins; déjà il est prêt à s'envoler vers les régions où l'invite cette Espérance divine, fille de la Vertu et de la Mort. Cependant l'ange de la paix, descendant vers ce juste, touche de son sceptre d'or ses yeux fatigués, et les ferme délicieusement à la lumière. 11 meurt, et l'on n'a point entendu son dernier soupir; il meurt, et, longtemps après qu'il n'est plus, ses amis font silence autour de sa couche, car ils croient qu'il sommeille encore : tant ce chrétien a passé avec douceur!