‹ ExtraitsChapitre 80 sur 285 · CHANT DES OISEAUX · texte numérisé non relu

CHANT DES OISEAUX

L;i naliii'e a ses lemps tie solennité, pour lesquels elle convoque des musiciens de dift'érentes régions du globe. On voit accourir de savants artistes avec des sonates merveilleuses, de vagabonds troubadours qui ne savent chanter que des ballades à refrain, des pèlerins qui répètent mille fois les couplets de leurs longs cantiques. Le loriot siffle, l'hiroudelle gazouille, le ramier gémit : le premier, perché sur la plus haute branche d'un oi'meau, défie notre merle, qui ne le cède en rien à cet étranger'; la seconde, sous un toit hospitalier, fait entendre son ramage confus ainsi qu'au temps d'Évandre^; le troisième, caché dans le feuillage d'un chêne, prolonge ses roucoulements, semblables aux sonsonduleux d'un cor dans les bois ; enfin le rouge-gorge répète sa petite chanson sur la porte de la grange où il a placé son gros nid de mousse. Mais le rossignol dédaigne de perdre sa voix au milieu de cette symphonie : il attend riK^ure (lu recueillement et du repos, cl se charge de celle pai'tie de la fête qui se doil célébrer dans les ombres.

Lorsque les pi'emiers silences île la nuil et les derniers murmures du jour luttent sur les coteaux, au bord des fleuves, dans les bois et dans les vallées; lorsque les forêts se taisent par degré, que pas une feuille, pas une mousse ne soupire, que la lune est dans le ciel, que l'oreille de l'homme est attentive, le premier chantre de la création entonne ses hymnes à l'Elernel. D'abord il frappe l'écho des brillants éclats du plaisir : le désordre

1. Le merle ne quiUe pas le pays un il est ne- ; le iui'iot s'en va tous les ans vers le midi au cûinmencemonl de l'auloninp.

2. Allusion aux légendes remplissant les dernier? chants de VÉnéidr.

i,K i.h'su. m (.iiiiisiiAMsMi;. i(ir>

('>( iliins.x's chanls : il sauli,' du ;^i'ave ;i rai,i:ii. ilii doux au fort ; il fait des pauses ; il est lent, il est vif: c'est un cœur que la joie enivre, uu cœur qui palpite sous le |)oids de l'amour. Mais tout à coup la voix tombe, l'oiseau se tait. Il recommence ! Oue ses accents sont chaii- 'j:és ! quelle tendre mélodie! Tantôt ce sont des modulalions languissantes, quoique variées ; tantôt c'est un air uu peu monotone, comme celui de ces vieilles romances françaises, chefs-d'œuvre de simplicité et de mélancolie. I.e chant est aussi souvent la marque de la tristesse que de la joie : l'oiseau qui a|)erdu ses petits chante encore; c'est encore l'air du temps du bonheur qu'il redit, car il n'en sait qu'un ; mais, par un coup de son art, le musicien n'a fait que changer la clef, et la cantate du plaisir est devenue la complainte de la douleur.

Page 1